CTTEIOn peut tout valoriser… ou presque !

On peut tout valoriser… ou presque !

Claude Maheux-Picard, Directrice générale du CTTÉI

Chercher, trouver, valoriser !

Alors que RECYC-QUÉBEC travaille sans relâche pour amener le Québec à réduire, à recycler et à valoriser les matières résiduelles (une mission si bien incarnée par sa présidente Sonia Gagné que celle-ci a reçu en novembre le prix Leader d’influence du Réseau des femmes d’affaires du Québec), notre mandat est de chercher et de trouver des solutions pour y arriver.

Dans le numéro précédent, notre collègue Daniel Normandin mentionnait à juste titre que jamais, dans l’histoire de l’humanité, nous n’avions réellement mis en œuvre une économie moderne circularisée à grande échelle. De l’avis du CTTÉI, l’année 2022 marque un tournant vers une meilleure compréhension des bénéfices potentiels de l’économie circulaire. Toutefois, pour aller plus loin, les entrepreneurs et les organisations ont besoin de mieux saisir les manières d’intégrer concrètement dans leurs pratiques l’écologie industrielle, l’écoconception, les symbioses industrielles et la réduction du gaspillage. Comment agir pour valoriser ce qu’il leur reste sur les bras, une fois leur produit fini, vendu et expédié ?

C’est pour eux que nous proposons aujourd’hui trois exemples récents et réalistes, chacun à leur niveau, démontrant comment créer de la valeur à partir de ses résidus.

Des tubulures d’érablières pour l’irrigation agricole

L’industrie acéricole utilise des tubulures de plastique qui ont une durée de vie de 10 à 15 ans. Près de 2 600 tonnes de tubulures d’érablières sont d’ailleurs mises au rebut chaque année. Depuis 2015, Environek (une division du Groupe Aptas) détourne plusieurs tonnes de tubulures de l’enfouissement , les triant par type de résine polymère et les transformant en granules avant de les revendre.

Avec le Groupe Aptas et les acteurs du projet Irri-Blière, le CTTÉI a travaillé sur une nouvelle solution de valorisation : le développement d’un nouveau marché visant à recycler les tubulures acéricoles en fin de vie  en tubulures d’irrigation agricole. Après avoir identifié les contraintes normatives et technologiques, puis travaillé avec le centre collégial de transfert technologique Coalia au développement de prototypes, le CTTÉI a réalisé une analyse technico-économique préliminaire et formulé des propositions pour atteindre la rentabilité. La fin du projet est prévue pour le premier trimestre de 2023. 

De l’Oxyde de fer pour fabriquer des pigments

Depuis plusieurs décennies, les procédés entourant la transformation métallique, de l’extraction minière à la fabrication de produits, génèrent des quantités importantes de rejets dont certains sont très concentrés en oxydes de fer. Le CTTÉI a récemment accompagné des entreprises de ce secteur dans une meilleure gestion de ces rejets. Des débouchés à ces résidus métallurgiques et des preneurs intéressés ont pu être identifiés, notamment en ce qui concerne les sulfates ferreux. Par un procédé chimique léger, on en améliore la qualité de manière à ce qu’ils répondent aux exigences requises pour la fabrication des cathodes des batteries au lithium, ou encore pour synthétiser des pigments destinés à colorer divers matériaux de construction (bétons, mortiers, etc.).

Ces deux solutions de valorisation confèrent une valeur marchande intéressante à des produits auparavant considérés comme des rebuts. L’année 2023 verra la poursuite des travaux dans le but d’optimiser le procédé, d’effectuer les validations technico-économiques et d’appuyer les entreprises dans la réalisation d’essais pilotes en vue d’une commercialisation à plus grande échelle.

Des résidus de carrières pour la céramique québécoise

Les activités d’extraction et de transformation de granite par la compagnie Polycor génèrent des boues minérales issues du sciage qui contiennent des poussières très fines. La caractérisation physicochimique de ces résidus révèle un grand potentiel de valorisation comme matière première alternative pour la fabrication de céramique.

Des débouchés et des preneurs ? Oui. Et même plusieurs, dans les secteurs des matériaux de construction (céramique, additif écologique pour béton), comme abrasifs (sablage au jet), dans l’industrie plastique (additif minéral écologique). Les produits céramiques hybrides (tuiles et petits contenants) et traditionnels (pour recouvrir la céramique post-cuisson) sont également preneurs. La prochaine étape vise à démontrer la possibilité de produire des tuiles de plancher commerciales ici même, au Québec.

La recherche appliquée à votre service

Que déduire de ces exemples ? Que les solutions existent. Elles sont là, attendant au détour d’un investissement et d’un laboratoire de recherche appliquée. Ces exemples prouvent que la volonté de chercher conduit à la découverte de solutions, à des innovations que l’on peut réellement mettre en pratique et commercialiser de manière rentable tout en respectant l’environnement. Et vous, qu’avez-vous fait de votre année 2022, et que ferez-vous de votre année 2023 ?

Populaires

PFAS : revenir aux sources du problème

Saviez-vous que le Québec ne compte aucune usine produisant des substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées, et que la réglementation fédérale interdit depuis plusieurs années la...

Réduction à la source : l’économie de la fonctionnalité et de la coopération (EFC), un modèle à propager

Une nouvelle avenue pour l’innovation    Miser sur la vente de l’usage des produits plutôt que sur la vente des produits eux-mêmes, voilà une stratégie...

Choisir les bons mots pour plus d’impact : Retour sur une publication qui a (un peu) fait jaser

Le point de départL’idée de rédiger ce qui suit découle d’une simple publication que j’ai faite sur LinkedIn : une photo illustrant des bacs...
Publicitéspot_img