ÉditosEncourageons les entreprises qui se sentent redevables et responsables

Encourageons les entreprises qui se sentent redevables et responsables

Par André Dumouchel

La renaissance du centre de tri de Saint-Hubert est en soi une nouvelle formidable, mais l’os que l’on est parvenu à enlever de la gorge de l’industrie du recyclage au Québec ne doit pas cacher les actions déplorables d’une multinationale sans scrupules et aux gros sabots.

Le groupe français TIRU a, pendant un temps, pris à la gorge des municipalités et le gouvernement provincial. D’une part, il a obligé les premières à être à la merci de la gestion malsaine de ses centres de tri. De l’autre, il a soutiré des injections de fonds continuelles de la province de Québec et de la Ville de Montréal en menaçant régulièrement d’abandonner ses opérations. Pourtant, une fois le magot empoché, TIRU a déclaré faillite et plié bagage pour retourner en France, abandonnant des centres de tri et des municipalités en plein désarroi.

Pourtant, en 2015, quand TIRU s’était montré intéressé à exploiter le centre de tri de Saint-Hubert, l’entreprise propriétaire du site, Matrec, n’avait pas hésité à lui louer locaux et équipements, puisque TIRU gérait déjà d’autres centres de tri au Québec. Cela aurait pu être le début d’une belle histoire, mais ce fut tout le contraire…

Peu importe les raisons invoquées, dont la crise mondiale du recyclage provoquée par la Chine, laquelle s’est mise à exiger des ballots d’une plus grande pureté, il est évident que le modèle d’affaires de TIRU n’était pas attaché à la réalité du marché. Visiblement, les répercussions de cette crise ont été fortes pour la filière du recyclage, au Québec comme partout ailleurs. Mais en quoi le contexte dans lequel faisait affaire TIRU pouvait-il différer de celui des autres centres de tri comme EBI, Tricentris, Sani-Éco ou celui de la Gaspésie ? 

Un cauchemar

Dans un monde où tous les centres de tri auraient dû produire une matière de première qualité pour des conditionneurs et des recycleurs, dans un marché international où la valeur de la matière fluctue constamment, TIRU s’est contenté de recevoir dans ses centres de la matière gratuite ou à très faible coût, de la traiter sans investir dans la qualité, et d’essayer de la revendre dans un marché de plus en plus exigeant. Une stratégie difficilement justifiable, à part peut-être si l’idée est de n’avoir, justement, aucune stratégie.

Et que faisait TIRU pendant qu’il brisait son bail avec Matrec pour les installations de Saint-Hubert en novembre 2019, pendant qu’il se disait accablé par la crise qui secouait l’industrie du recyclage à travers le monde ? Il menaçait de fermer quatre autres centres de tri qu’il exploitait au Québec, dont trois situés dans la région de Montréal. Comme prise d’otages, on ne fait guère mieux. Le groupe en a rajouté en janvier 2020 en réclamant encore plus d’argent de la Ville de Montréal pour faire face aux problèmes causés par la crise. TIRU a même menacé Montréal de lui intenter des poursuites. Il faut le faire, quand même !

Pourtant, en 2018, l’administration de Valérie Plante avait versé 29 millions de dollars au gestionnaire du site, Rebuts solides canadiens (une filiale du groupe TIRU), pour lui permettre de poursuivre ses activités au centre de tri du Complexe environnemental Saint-Michel.

Mettons ce montant en perspective : le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, annonçait le 11 février 2020 une enveloppe de 30,5 millions de dollars visant à moderniser le système de collecte sélective au grand complet…

Je m’arrête ici dans la description des « exploits » de TIRU, avant d’avoir la nausée.

À l’heure où, dans le monde québécois du recyclage, on repense tout le modèle afin de le moderniser, serait-il possible aussi de s’arranger pour avoir des entreprises qui se sentiront redevables et responsables, et ne laisseront pas des sites orphelins, par exemple ? Dans ce cas, pourquoi ne pas favoriser d’abord des entreprises québécoises et canadiennes ?

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