CTTEIFaire mieux avec les résidus d’élastomères québécois

Faire mieux avec les résidus d’élastomères québécois

Par Guillaume Nourry

L’EXEMPLE VERTUEUX DES PNEUS

Les élastomères sont des matériaux macromoléculaires qui ont pour propriété de reprendre leur forme initiale après qu’on les a soumis à une contrainte. Ce sont des polymères élastiques dotés de propriétés d’adhérence et d’une bonne résistance à l’abrasion. Le caoutchouc naturel ou synthétique est l’élastomère le plus connu, et son utilisation la plus répandue est le pneu. Quelques autres exemples sont l’élasthanne (spandex) utilisé dans l’industrie textile, les élastiques qui servent à lier les légumes, les joints d’étanchéité et certains sous-planchers.

La filière pneu est un exemple même de prise en charge par le gouvernement du Québec de la fin de vie d’un produit puisque dès 1993, il a mis en place des mesures de stimulation de la récupération, du recyclage et de la valorisation des pneus hors d’usage. Dans le cadre du programme de gestion intégrée actuel, lorsqu’un pneu neuf est acheté au Québec, un droit environnemental est payé pour financer la collecte, le transport et le traitement des pneus hors d’usage. Ce programme est administré par RECYC-QUÉBEC, qui a à cœur d’en poursuivre l’optimisation.

En effet, si la collecte des pneus est assez proche de l’exemplarité, il existe des pistes d’amélioration.

D’une part, les efforts déployés pour les pneus devraient être élargis au traitement de l’ensemble des résidus d’élastomères au Québec. Bien que la majorité du gisement de résidus d’élastomères soit recyclée à l’externe (4 911 t/an) ou valorisée énergétiquement (1 249 t/an), une proportion importante (5 302 t/an) de ces résidus est actuellement toujours destinée aux lieux d’enfouissement technique. D’autre part, de nouvelles technologies existent aujourd’hui pour valoriser les élastomères dans de nouveaux débouchés à haute valeur ajoutée.

LA VALLÉE DES ÉLASTOMÈRES AU TRAVAIL

Déjà, en 2013, le CTTÉI a publié l’Étude pour la mise en valeur des résidus de caoutchouc pour la Vallée des Élastomères, pôle d’expertise regroupant près de 30 entreprises qui est soutenu financièrement par le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie en vue de favoriser l’innovation, le développement et la circularité de la filière.

En 2023, le directeur de la Vallée des Élastomères, Michel Rousseau, a mandaté le CTTÉI afin qu’il mette à jour les connaissances et étudie des pistes d’amélioration pour la valorisation. Cette initiative démontre que les acteurs de la filière se mobilisent pour atteindre les objectifs gouvernementaux de carboneutralité à l’horizon 2050.

Le CTTÉI a ainsi procédé l’an dernier à la cartographie des résidus d’élastomères au Québec, puis à la définition de solutions de valorisation.

RECYCLAGE À HAUT POTENTIEL : TRAVAILLONS ENSEMBLE

En raison de la grande diversité des élastomères que l’on retrouve parmi les résidus industriels, le recyclage par une entreprise unique et isolée est difficile. Les procédés de production actuels sont propres à chaque usine et plutôt conçus pour l’utilisation de matière première vierge. La mutualisation des efforts des acteurs de l’industrie est donc un facteur clé pour le rehaussement des pratiques.

La filière recycle bien sur le plan du volume, mais fait souvent du sous-recyclage. Les études menées démontrent un grand potentiel de recyclage à plus grande valeur. De nouveaux procédés peuvent aider : la dévulcanisation, la cryogénie et la pyrolyse sont des techniques qui pourraient rendre possible la fabrication de produits à valeur ajoutée. Citons par exemple un procédé de dévulcanisation, celui de Levgum, en Israël, qui aboutirait à la production d’une matière première non vierge plus compétitive que la matière vierge : le coût d’achat du caoutchouc granulé recyclé s’élèverait à environ 800 $ CA par tonne, alors que le caoutchouc vierge coûte de 2 600 $ CA à 3 400 $ CA par tonne.

L’intégration de poudrette dans la fabrication de pneus neufs, de bitume ou encore d’un mélange composite intégrant du plastique demeure intéressante. Et la valorisation énergétique en cimenterie peut également être effectuée en dernier recours selon la hiérarchie des 3RV. 

Les cinq scénarios désirables définis doivent maintenant être approfondis par une étude technico-économique : CAPEX-OPEX (dépenses d’exploitation et d’investissement), quantification des gains et des avantages environnementaux (dont un bilan des GES), modélisation des flux de matières résiduelles, etc.

Bref, grâce au travail effectué ensemble en 2023, la Vallée des Élastomères et ses membres sont en mesure de poser des gestes éclairés en vue de dévier de l’enfouissement les résidus de caoutchouc, et cela, dans une perspective d’économie circulaire.

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