CTTEILa GMR en milieu hospitalier : un potentiel à valoriser

La GMR en milieu hospitalier : un potentiel à valoriser

Jean-François Vermette, Directeur scientifique au CTTÉI

Avec la collaboration de Nathalie Robitaille, directrice générale de Synergie Santé Environnement

 

Tout récemment, j’ai eu le plaisir de parler de gestion intégrée des matières résiduelles et d’économie circulaire devant un public de médecins et de professionnels francophones du milieu de la santé. C’était le 17 mai, dans le cadre du colloque international Climat et santé. Une participation surprenante ? En réalité, le lien entre la gestion des ressources, l’environnement et la santé des êtres humains est plutôt intuitif.

Pour s’en rendre compte, quoi de mieux que de jeter un œil à la gestion des matières résiduelles dans le milieu de la santé et des services sociaux au Québec ?

LES DÉFIS ENVIRONNEMENTAUX DANS LE MILIEU DE LA SANTÉ 

Nathalie Robitaille, inhalothérapeute de carrière et nouvellement titulaire d’une maîtrise en sciences de l’environnement, n’a pas attendu la grande vague de l’économie circulaire pour s’intéresser à cette question. Comme les fondateurs de l’entreprise d’économie sociale Synergie Santé Environnement, elle s’est lassée de voir les dispositifs médicaux à usage unique et leurs emballages s’en aller à l’enfouissement.

Synergie Santé Environnement a été fondée en 2006 dans le but d’aider les établissements de santé et de services sociaux à réduire leur empreinte écologique et à améliorer leurs pratiques en santé environnementale.

Selon la directrice générale de l’organisme à but non lucratif, le potentiel de valorisation que recèlent les établissements de notre réseau de la santé est insoupçonné.

ÉTAT DES LIEUX

Ce qui saute bien sûr aux yeux, c’est la quantité de matières utilisées, puis éliminées dans le cadre des activités de soins d’un hôpital. C’est un sujet que connaît bien Nathalie Robitaille, puisqu’elle estime avoir contribué à générer des tonnes de matières ayant un potentiel de recyclage fort intéressant durant sa carrière en soins.

Celle-ci accompagne aujourd’hui le milieu dans la mise en place de boucles d’économie circulaire visant la récupération de matières résiduelles souvent laissées pour compte, mais ayant une grande valeur. Par exemple, à l’hôpital Pierre-Boucher de Longueuil, précurseur dans le domaine, une initiative d’insertion socioprofessionnelle permet le tri, le déchiquetage de documents nominatifs et la récupération de carton, de plastiques hospitaliers et de boîtes de conserve.

Mises en ballots sur place, ces matières sont vendues à des récupérateurs. Au lieu de payer pour enfouir, on reçoit des redevances. Les plastiques rigides, les plastiques souples et les fameux « champs bleus » en polypropylène utilisés pour l’emballage stérile des produits médicaux sont vendus à un conditionneur, Ced-Lo, qui les transforme en granules de plastique de grande qualité. Pour un manufacturier, les utiliser, c’est réduire le recours aux plastiques de première génération.

Et puis, il faut bien faire le tri. C’est là qu’interviennent les retombées sociales. En collaboration avec l’organisme, la station de récupération et de tri accueille une clientèle médicalement et socialement vulnérable qui renoue avec une occupation saine et formatrice, ainsi qu’avec un sentiment de fierté et d’utilité. Baisse du taux d’hospitalisation, réduction de la consommation de médicaments, meilleur taux de réussite à l’insertion sociale : quelle meilleure démonstration du lien entre le respect de l’environnement et la santé ?

À L’AFFÛT DES PROCÉDÉS PROPRES 

Quand on pense à un hôpital, on pense avant tout à la stérilisation et à l’hygiène. La sécurité des patients semble primer sur l’écologie, bien sûr. Pourtant, l’un n’exclut pas l’autre – et l’un n’excuse pas que l’on néglige l’autre.

Plus on décontamine, plus on utilise de produits désinfectants potentiellement toxiques. Prenons le cas du retraitement des dispositifs médicaux, comme les endoscopes. Leur absolue propreté n’est évidemment pas négociable. Mais le plastique souple dont ils sont constitués ne supporte pas les hautes températures des autoclaves de décontamination. Plusieurs hôpitaux ont donc recours à la stérilisation chimique, avec de l’oxyde d’éthylène ou du peroxyde d’hydrogène. Problème : avant de réutiliser l’appareil, il faut attendre patiemment que les composés toxiques se dissipent. Et l’efficacité de cette technique à décontaminer les petits recoins du matériel est sujette à questionnement.

C’est là que les fluides supercritiques deviennent intéressants. Le CO2 supercritique (mis sous pression, chauffé à une température bien inférieure à celle des autoclaves) pourrait se révéler plus efficace, tout en étant non toxique et en permettant un traitement et une réutilisation plus rapides du matériel.    Autre exemple où les procédés propres se révèlent prometteurs : la gestion des eaux usées des établissements. En l’absence de normes réglementaires (pour l’instant), celles-ci, chargées de micropolluants, rejoignent le réseau général des stations d’épuration et s’y diluent. Les micropolluants nocifs pour l’environnement y sont moins concentrés, mais aussi plus difficiles à cibler et à éliminer.

En faisant plutôt appel à l’oxydation en voie humide, appliquée d’une manière novatrice au traitement des eaux usées – comme c’est actuellement à l’étude au CTTÉI –, il est possible d’éliminer les micropolluants dès leur sortie des établissements de soins, avant de les renvoyer dans le réseau municipal.

LA SANTÉ ENVIRONNEMENTALE, UNE BOUCLE À BOUCLER 

Nathalie Robitaille a donc, comme moi, de très bonnes raisons d’être persuadée que notre santé, sur le plan individuel et collectif, et celle des écosystèmes qui nous entourent sont indissociables. Et qu’il est bien possible de contribuer à l’amélioration du bilan, un hôpital et un partenariat à la fois.

Populaires

PFAS : revenir aux sources du problème

Saviez-vous que le Québec ne compte aucune usine produisant des substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées, et que la réglementation fédérale interdit depuis plusieurs années la...

Réduction à la source : l’économie de la fonctionnalité et de la coopération (EFC), un modèle à propager

Une nouvelle avenue pour l’innovation    Miser sur la vente de l’usage des produits plutôt que sur la vente des produits eux-mêmes, voilà une stratégie...

Choisir les bons mots pour plus d’impact : Retour sur une publication qui a (un peu) fait jaser

Le point de départL’idée de rédiger ce qui suit découle d’une simple publication que j’ai faite sur LinkedIn : une photo illustrant des bacs...
Publicitéspot_img