ReportageModifier l’approche pour changer les comportements

Modifier l’approche pour changer les comportements

Par Sophie Gendron

Les lieux d’enfouissement technique (LET) auront-ils encore leur place dans les prochaines années ? C’est, entre autres, l’une des questions à l’ordre du jour des travaux du BAPE sur l’état des lieux et la gestion des résidus ultimes. Si l’on se fie aux pratiques et au savoir-faire de l’entreprise EBI, la réponse coule de source. Portrait d’une entreprise familiale de Berthierville, dans Lanaudière, qui mérite amplement le titre d’élève modèle dans la gestion des matières résiduelles au Québec.

« Le BAPE sur les résidus ultimes nous intéresse au plus haut point », explique Luc Turcotte, directeur général de Dépôt Rive-Nord, le lieu d’enfouissement technique d’EBI autour duquel sont rattachés un centre de compostage, un centre de tri des matériaux secs, un écocentre et un centre de traitement des boues usées.

« Il faut mettre de côté les préjugés à l’égard des lieux d’enfouissement, poursuit cet ingénieur mécanique. Nous vivons dans une société de consommation. Il y aura donc des résidus ultimes pour encore longtemps. Or, comme il n’existe pas de solutions magiques, les sites d’enfouissement ont encore leur place. Pourvu qu’ils soient gérés de façon responsable. »

C’est exactement la mission que s’est donnée Rolland Sylvestre il y a plus de soixante ans quand il a fondé ce qui allait devenir EBI. Ne comptant à l’époque qu’un seul employé, EBI est aujourd’hui une entreprise prospère employant près de 3 000 personnes et ayant des activités jusqu’au Costa Rica et même, depuis peu, au Chili. 

Grâce à de nombreuses acquisitions effectuées au fil des ans, EBI possède aujourd’hui différentes filiales, allant de la collecte de matières résiduelles à la transformation de biogaz en gaz naturel renouvelable. EBI est l’un des plus importants employeurs privés de la région de Lanaudière. L’entreprise possède l’un des cinq plus importants complexes environnementaux du Québec, c’est-à-dire les LET intégrés qui valorisent et recyclent les matières résiduelles. 

L’aventure d’EBI commence officieusement en 1960, lorsque Rolland Sylvestre se lance en affaires. Il offre alors des services d’excavation, de terrassement et de déneigement. C’est en 1970, par souci d’hygiène publique, que l’entrepreneur commence ses activités de collecte d’ordures ménagères. Huit ans plus tard, il obtient un premier certificat de conformité afin d’exploiter un lieu d’enfouissement sanitaire.

À coups d’investissements, de fusions et d’acquisitions, EBI est devenue un joueur de premier plan au Québec. L’entreprise possède des installations dans Lanaudière et à Montréal. Elle est propriétaire d’un lieu d’enfouissement technique de 64 hectares qu’elle exploite à Saint-Thomas. Elle possède également un centre de tri à la fine pointe de la technologie, un centre de compostage produisant un compost de qualité pour plusieurs municipalités, une station de traitement des boues issues des fosses septiques, de même que Recyclage Notre-Dame, situé dans l’est de l’île de Montréal, l‘un des plus importants sites de transbordement en Amérique du Nord.

Un site avant-gardiste

Le lieu d’enfouissement technique d’EBI, situé à quelques kilomètres au sud-est de Joliette et connu sous le nom officiel de Dépôt Rive-Nord, est l’une des pièces maîtresses de l’entreprise familiale. Plus de 70 personnes y travaillent.

D’une superficie de 64 hectares (soit l’équivalent de 128 terrains de football américain), Dépôt Rive-Nord a ceci de particulier : il dispose d’une base d’argile naturelle de 40 mètres d’épaisseur, ce qui le rend extrêmement étanche. Avant son inauguration en 2007, la famille Sylvestre y a fait installer une barrière latérale (« écran d’étanchéité périphérique », dans le jargon) de 1 mètre de large par 32 mètres de profond. Autrement dit, rien ne peut s’échapper de ce site dont l’aménagement a coûté à lui seul près de 100 millions de dollars.

L’endroit sert à l’enfouissement de résidus provenant d’une centaine de municipalités de Lanaudière et des Laurentides, mais aussi d’une partie de l’île de Montréal. Bon an mal an, on y reçoit environ 650 000 tonnes de matières résiduelles. Le site, d’une capacité de 21 millions de mètres cubes, est à moitié plein. Il a donc devant lui une quinzaine d’années de vie utile, croit Luc Turcotte.

Du gaz naturel et de l’eau propre

Ce site cache deux initiatives jouant un rôle de premier plan dans la protection de l’environnement : on y capte les biogaz afin de les transformer en gaz naturel et on y traite les eaux de lixiviation. 

En 2003, Dépôt Rive-Nord a été le premier site d’enfouissement technique au Canada à produire du gaz naturel à partir de biogaz. « Nous produisions déjà du gaz naturel ou du biométhane avant que ça fasse partie du vocabulaire populaire », fait remarquer Luc Turcotte.

Ainsi, après un investissement se chiffrant en dizaines de millions au tournant du millénaire, l’entreprise a aménagé des puits de captage qui aspirent le biogaz au fur et à mesure qu’il est généré. Résultat : un méga-aspirateur centralisé est alimenté par quelque 300 puits de captation répartis sur le lieu d’enfouissement.

Annuellement, l’entreprise produit plus d’un million de gigajoules de gaz naturel ou 34 millions de mètres cubes, ce qui en fait l’un des plus importants producteurs de gaz naturel renouvelable (GNR) au Québec. Le GNR issu du site est ensuite injecté dans le réseau Trans Québec & Maritimes, ce qui rend l’opération profitable pour EBI.

Autre élément pro-environnemental : Dépôt Rive-Nord possède trois stations de pompage, de même qu’une station d’épuration des eaux de lixiviation. Ce liquide hautement toxique trouve une seconde vie grâce à l’entreprise. « Le temps de rétention du lixiviat est de 80 jours. Nous le traitons et il est ensuite rejeté dans une rivière à proximité. L’eau que nous y acheminons est de qualité supérieure à ce qu’on retrouve déjà dans la rivière », confirme Luc Turcotte. 

Recyclage, compost et transparence

EBI possède également l’un des plus importants centres de tri et de valorisation des matières recyclables au Québec. L’endroit compte 70 employés. EBI s’intéresse à cette filière – et y excelle – depuis 25 ans. Des investissements de 15 millions ont permis l’automatisation (notamment la mise en place de trieurs optiques) d’une bonne partie des installations qui reçoivent annuellement environ 30 000 tonnes de matières recyclables.

Papier, carton, verre, métaux, plastique : la grande majorité des matières récupérées est vendue sur le marché québécois. Le papier et le carton sont par exemple achetés par des papetières. Le verre prend la direction d’une entreprise qui produit du verre à jet. « Notre taux de rejet n’est que de quelques pour cent. Nous visons le zéro rejet et nous nous en approchons grâce à la technologie », explique le grand patron de Dépôt Rive-Nord.

Quant aux matières résiduelles organiques, EBI a mis en place une infrastructure visant leur valorisation. Créé en 1996, l’endroit sert à la production de compost pour le compte de plusieurs municipalités. Près de 15 millions de dollars ont été investis sur ce site qui emploie une douzaine de personnes. Entre 10 000 et 15 000 tonnes de compost y sont produites tous les ans. Le processus de fabrication de compost est long (presque un an) et comporte plusieurs étapes. Le compost produit est « de très haute qualité », précise Luc Turcotte. Il est utilisé à des fins horticoles par les municipalités faisant affaire avec EBI.

Pour la suite des choses, l’entreprise entend à nouveau miser sur la recherche et le développement. « Nous nous intéressons beaucoup à la biométhanisation, dit-il. Nous en sommes à la phase expérimentale. »

EBI tient à garder un lien étroit avec sa clientèle. « Le comité de vigilance publie un bulletin qui permet d’informer 12 000 foyers de la région de nos activités et de nos suivis environnementaux. EBI organise également des portes ouvertes. Nous sommes très transparents », explique Luc Turcotte.

Tous services confondus, EBI dessert une centaine de municipalités au nord et au sud de Montréal. Elle se rend jusqu’à Sorel, en Montérégie. L’entreprise possède par ailleurs une impres-sionnante flotte de deux cents camions dont la majorité carbure au gaz naturel.

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