ReportagePlastique à usage unique : Fermons le robinet

Plastique à usage unique : Fermons le robinet

Par Guy Des Rochers

Le symbole est puissant : un gros robinet doré surgit du ciel et de son bec s’écoule un vigoureux jet de détritus de plastique, haut de trois étages, qui se répand dans différents environnements aux airs quelque peu apocalyptiques. Ces tableaux, et d’autres aux allures surréalistes dignes d’un Salvator Dalí, sont les œuvres coup de poing d’un artiste engagé, Benjamin Von Wong.

Ben, comme on l’appelle, se définit surtout comme un activiste écologique, déterminé à dénoncer le gaspillage de nos ressources et l’utilisation du plastique à usage unique. Sa maîtrise de la photographie ainsi que son talent pour la mise en scène spectaculaire procurent à ses œuvres un impact sociétal indéniable.

« L’utilisation du plastique cause de graves problèmes écologiques partout dans le monde, explique-t-il. Notre manie d’utiliser un objet une seule fois et de le jeter après-coup engendre des dommages irréparables pour notre planète. Nous vivons dans un monde où les ressources sont épuisables. À cause de notre culture du court terme, nous ne nous sentons pas responsables à l’égard des générations futures, qui ne pourront pas compter sur autant de ressources puisque nous les aurons gaspillées. »

Ben Von Wong ajoute que, dans le monde, cette pollution insidieuse représente des millions de tonnes de plastique jetées annuellement dans les océans. Et la pandémie de COVID-19 aura exacerbé cette catastrophe écologique puisque l’usage du plastique a globalement augmenté de 250 % à 300 %, selon l’International Solid Waste Association (ISWA). En effet, en réponse à la pandémie, on estime qu’à l’échelle de la planète, 129 milliards de masques faciaux et 65 milliards de gants ont été consommés chaque mois, ce qui s’ajoute à l’utilisation ordinaire des plastiques à usage unique qui remplissent notre quotidien.

Attirer l’attention sur le drame du plastique

Pour sa campagne spectaculaire du « Robinet géant », intitulée Turn Off The Plastic Tap (www.turnofftheplastictap.com) et présentée à l’ambassade du Canada à Paris du 7 octobre au 19 novembre 2021, l’artiste-activiste a cherché à attirer l’attention sur la pollution par le plastique. Et c’est plus que réussi !

Du reste, cette œuvre d’art géante est la dernière d’une série de projets qui se sont déroulés lors des dernières années, lesquels avaient aussi comme objectif de sensibiliser les gens au recours insensé aux objets faits de plastique. « J’ai ainsi créé d’autres campagnes, dont l’une avec 168 000 pailles en plastique, une autre avec 18 000 gobelets en plastique et une dernière avec 10 000 bouteilles en plastique, explique Ben Von Wong. Ces expériences m’ont aussi permis d’améliorer mes concepts, et le projet du robinet géant en découle. »

Le processus de création de la campagne du Robinet géant, en apparence tout simple, a quand même pris le temps de mijoter dans la marmite de l’inventivité.

« Toute idée créatrice est le résultat de beaucoup d’essais qui n’ont pas fonctionné au départ, admet Ben, mais à force de tester et d’expérimenter, un projet finit par fonctionner. Je passe beaucoup de temps à développer des concepts qui ont d’abord comme objectif d’être faciles à comprendre et qui servent, idéalement, à expliquer un aspect d’une situation que d’autres personnes n’ont pas encore exploré. »

Le plastique est partout !

« Il y a actuellement une certitude : le plastique est partout dans nos vies, affirme Ben Von Wong. C’est cette prise de conscience que je cherche à provoquer. Ce qui est effarant, c’est que les individus n’ont pas le choix d’en consommer et d’en utiliser, puisqu’ils n’ont pas le pouvoir de renoncer d’eux-mêmes à l’utilisation du plastique. L’industrie de la pétrochimie inonde la planète de plastique et on le retrouve dans toutes les facettes de la consommation. Donc, l’exposition du Robinet géant se veut la représentation de cette consommation infinie de plastique dont on a carrément perdu le contrôle. »

Ben Von Wong admet être autant animé par l’art et l’activisme que par l’aspect humain de ses projets. « Je veux contribuer à notre monde d’une manière positive, précise-t-il. Je trouve que l’art est utile pour changer les perspectives du monde; si mon projet est capable de faire en sorte que l’on saisira mieux le problème du plastique, j’aurai alors aidé à créer un nouvel outil de communication pouvant devenir utile dans cette nécessaire prise de conscience que nous devons tous avoir. »

L’art de rassembler des centaines de bénévoles

Ben Von Wong considère l’art comme un formidable prétexte pour rassembler des gens de toutes provenances et de différents secteurs de vie et de travail. « Mes projets sont communautaires et font appel à des bénévoles. C’est là que l’on se rend compte que beaucoup de personnes ont la volonté de changer les choses et souhaitent régler des problèmes par leur implication. »

Grâce à l’utilisation de plateformes Web et à son demi-million d’abonnés, les activités de Ben ne passent jamais inaperçues.

Dès que l’intention de le créer à Montréal a été annoncée, le projet du Robinet géant a rapidement généré un engouement auprès des adeptes de l’artiste, lesquels se sont empressés de lui offrir leurs services. Des milliers d’heures de travail ont ainsi été fournies par plusieurs centaines de bénévoles de tous les horizons, « des parents, des amis et des inconnus de tous âges », ajoute Ben, qui donne en exemple la contribution d’Isabel Racine, « une personne clé que je ne connaissais pas et qui m’a tout simplement envoyé un courriel pour offrir de m’aider ».

Comme Ben cherchait quelqu’un pouvant s’occuper de la gestion du projet, l’attitude volontaire, le talent en photographie et les compétences de cette femme de 27 ans lui ont vite été d’un précieux secours. « Elle a veillé à ce que tout fonctionne bien ; chaque matin, elle était la première sur place pour s’occuper de l’organisation. Elle nous a même déniché des commanditaires ! Isabel est un bel exemple de l’implication incroyable et de la conscientisation de nos bénévoles », raconte Ben.

Un « petit congé » de travail intense

Jeune ingénieure titulaire d’une maîtrise en économie circulaire, Isabel a été présente du début à la fin du projet. Quelles ont été les motivations à la base de son engagement si important ?

« J’avais de la disponibilité, d’autant plus que ça faisait longtemps que je suivais Ben l’artiste sur ses plateformes Web, confie Isabel Racine. J’adore son travail : un artiste qui crée des œuvres magiques afin de passer un message, c’est fabuleux ! »

Pour Isabel, qui venait de déposer son projet de maîtrise, il n’était pas question de se dénicher un emploi immédiatement, car elle souhaitait prendre un petit congé. « Donc, au lieu de cela, j’ai accepté un job de bénévole, de 9 à 5, à aider Ben dans son projet pendant un gros mois », indique-t-elle en riant.

Isabel n’est pas peu fière de sa participation, d’autant plus que cette campagne du Robinet géant rejoignait sa passion pour l’environnement. « Ma motivation provenait de l’idée même du projet et du message qu’il véhicule, spécifie-t-elle. Je ressens beaucoup de fierté d’avoir pu aider à sa réalisation, d’avoir contribué à donner naissance à cette vision formidable de Ben. J’ai aussi été motivée d’apprendre à réaliser un projet d’une telle envergure. »

Isabel a été impressionnée par la ferveur au travail de tous ces bénévoles, qu’elle devait même obliger à prendre des pauses afin d’aller manger ! « Il fallait aussi m’assurer que les règles sanitaires, en temps de pandémie, soient respectées, mais je n’avais pas de fouet », ajoute-t-elle encore une fois dans un rire spontané. Grâce à son implication, Isabel a aussi pu enlever un peu de poids des épaules de Ben. Elle a rencontré chaque bénévole et échangé avec eux pour mieux les connaître. « Je sais que cela a fait plaisir à Ben, car il aime vraiment interagir avec les gens », ajoute Isabel, qui a tellement aimé son expérience qu’elle espère pouvoir participer à d’autres projets de la sorte en aidant d’autres artistes impliqués socialement à les réaliser.

La pandémie du plastique

Ben Von Wong est un citoyen du monde qui n’a pas vraiment de domicile fixe, puisqu’il a adopté un style de vie nomade afin d’avoir toute la latitude nécessaire pour accomplir ses projets un peu partout sur la planète.

« Actuellement, je ne vis nulle part et je ne paie pas de loyer… Et je veux découvrir où je souhaite aller vivre avant de me poser quelque part pour de bon », confie-t-il. Mais avant que cela ne survienne, il poursuivra la mission que son engagement d’artiste-activiste lui impose : éduquer les gens sur les enjeux environnementaux.

« Le plastique, en plus de contribuer aux changements climatiques, pollue les océans et notre environnement, explique Ben, l’activiste. C’est un produit de la pétrochimie qui, avant même le début de sa fabrication, produit des gaz à effet de serre et tout au long de son existence, laquelle n’a pratiquement pas de fin, empoisonne le vivant. Mes projets et mes plateformes Web existent pour sensibiliser et informer les populations à ce sujet. »

L’experte en économie circulaire Isabel Racine proclame qu’il faut absolument repenser notre système consommateur et producteur. « Face au plastique, il est important de repartir à la base : peut-être que de produire des plastiques est tellement dangereux que finalement, c’est loin d’être une bonne idée. Dans le monde, à peine 9 % des plastiques sont recyclés. La quantité de ceux-ci, en millions de tonnes, qui empoisonnent les écosystèmes et toute la chaîne des organismes vivants à cause des microplastiques est absolument effarante. »

Des faits

À ce chapitre, Isabel présente quelques faits qui donnent la nausée, des données avancées par l’organisme à but non lucratif Plastic Oceans International (https://plasticoceans.org/the-facts/) :

– Quelque dix millions de tonnes de plastique échouent dans les océans chaque année, ce qui équivaut au plein chargement d’un camion à ordures déversé chaque minute.

– À coups de microplastiques, un être humain ingurgitera durant une vie moyenne environ 18 kilos (40 livres) de matière plastique.

– 50 % de toute la production annuelle de plastique dans le monde, laquelle représente 380 millions de tonnes, est à usage unique. C’est donc dire que 190 millions de tonnes de plastique par année ne seront utilisées que durant quelques instants et seront rapidement reléguées aux ordures.

– Un million d’animaux marins, des plus petits aux plus gros, sont tués chaque année par la pollution causée par les matières plastiques. De plus, lors d’une étude, toutes les moules testées contenaient des microplastiques.

« Beaucoup de gens se déculpabilisent d’utiliser du plastique à usage unique en croyant que ce matériau sera recyclé, mais ce n’est pas le cas neuf fois sur dix, ajoute Isabel Racine. Et même quand c’est recyclé, on consomme de l’énergie souvent polluante pour le faire, on utilise des transports également émetteurs de GES, quand on ne vend pas tout simplement nos ballots de plastique à des pays pauvres qui n’ont pas les infrastructures comme chez nous pour bien recycler ces produits. » Isabel Racine souligne que souvent, les matières plastiques sont enfouies dans de mauvais sols ou entassées à l’air libre dans ces pays où les infrastructures sont déficientes ou simplement absentes. Il y a deux ans, elle a participé à une mission en Inde et fut frappée de voir à quel point il y avait du plastique partout dans les rues, dans les rivières et aux abords des cours d’eau. « Ça fait peur tellement il y en a, ajoute-t-elle. Ce sont ces populations pauvres qui doivent vivre avec ce problème parce qu’elles n’ont pas de meilleures solutions. Et les microplastiques se répandent partout, ce sont de véritables produits toxiques qui empoisonnent, entre autres, les nappes phréatiques. Cela met en danger toute la chaîne du vivant, dont nous faisons partie. »

« Mon art va-t-il changer le cours du monde ? Probablement pas. Mais est-ce que toutes les petites actions comme les miennes contribuent à quelque chose qui peut changer le monde ? Je pense que oui. »  

— Benjamin Von Wong

Notoriété et visibilité 

Les activités de Ben Von Wong ne passent pas inaperçues sur le Web, d’autant plus qu’il sait tirer les ficelles des diverses plateformes qu’il utilise, lui qui compte plus d’un demi-million d’abonnés !

Voici quelques hyperliens incontournables pour tout découvrir sur l’art et les activités de

Ben Von Wong :

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