CTTEIRecycler les masques : une bonne ou une mauvaise idée ?

Recycler les masques : une bonne ou une mauvaise idée ?

Par Julien Beaulieu, Chercheur titulaire de CRÉIT - CTTÉI

Avec la collaboration de Melissa Zbacnik-D’Antonio, stagiaire en économie circulaire, et de Jean-François Vermette, directeur scientifique.

Pour lutter contre la pandémie de COVID-19, nous avons malheureusement introduit un nouveau produit à usage unique dans notre vie quotidienne : le masque d’intervention. Si les masques en tissu tendent à avoir une empreinte environnementale plus faible, leur utilisation est toutefois découragée, voire interdite, en raison de la protection plus faible qu’ils confèrent.

La nécessité de protéger notre santé a pris le dessus sur notre volonté d’éliminer les produits à usage unique de nos habitudes. Que pouvons-nous faire des millions de masques produits puis jetés ? Peut-on les récupérer et les recycler, et ainsi limiter leur impact environnemental ?

Pas facile, se dit-on intuitivement. Les masques sont petits, ils sont composés de plusieurs matières, et ils sont légers : il faut en collecter de gros volumes pour récupérer un faible poids de matière.

Le fournisseur d’équipement médical Medsup, dont le siège social canadien est situé à Magog, y croit et a lancé Go Zero, un service de collecte et de recyclage des masques. Par souci d’indépendance, Medsup a mandaté le CTTÉI pour étudier la circularité du processus et comparer l’impact environnemental de Go Zero aux autres solutions de mise au rebut des masques. Suspense !

Le modèle « PAYER POUR RECYCLER »

Si quelqu’un est prêt à payer pour la collecte et le recyclage d’un matériau, il est toujours possible de valoriser ce matériau. La volonté étant là, le système Go Zero consiste, comme d’autres, à offrir un service de collecte et de récupération aux entreprises et aux collectivités québécoises. Pour un coût fixe, le fournisseur place une boîte de collecte dans votre communauté, votre entreprise ou votre organisme. Une fois la boîte remplie, il existe deux possibilités pour valoriser les matériaux composant les masques, et c’est là que les modèles diffèrent.

Dans la première option, celle de la valorisation, on achemine les masques par camion auprès d’un incinérateur et on récupère la chaleur produite. Celle-ci alimente le réseau d’énergie local. C’est le modèle de la valorisation énergétique des déchets (waste-to-energy). Au Québec, choisir ce modèle signifie transporter les matières vers les incinérateurs du nord des États-Unis.

Dans le cas de Go Zero, les masques sont collectés, puis démantelés dans des ateliers adaptés, à vocation d’insertion sociale : les élastiques d’un côté, la languette de métal de l’autre et enfin, le « gros » morceau en polypropylène (environ 3 g pour un masque !). Les trois matières sont ensuite réutilisées ou recyclées séparément. En particulier, le polypropylène est acheminé aux recycleurs spécialisés qui le transforment en granules de plastiques. Ces granules rejoignent le flux des plastiques recyclés qui servent à produire, par exemple, des bacs poubelles au Québec.

Mesurer la circularité du procédé de recyclage

L’étude de circularité que nous avons réalisée a comparé trois scénarios de mise au rebut pour les masques : l’enfouissement, la valorisation par l’incinération, et le recyclage.

Théoriquement, la méthode de recyclage de Go Zero semble « meilleure » puisqu’elle respecte les principes du 3RVE : recycler avant de valoriser (et bien sûr, avant d’enfouir). Mais que de travail pour arriver à ce résultat, puisqu’il faut passer par une phase de mise en quarantaine ; désinfecter les masques pour détruire les agents pathogènes ; et transporter les matières dans différents points de recyclage, dans un rayon le moins éloigné possible (qui varie selon la région). Le procédé sera-t-il aussi polluant que les autres ? Nous étions curieux de le savoir !

Les trois scénarios ont été analysés selon la méthode d’évaluation de la circularité mise au point au CTTÉI. Cette méthode évalue l’adéquation de chaque scénario avec les principes de l’économie circulaire. C’est-à-dire qu’au lieu de simplement mesurer les émissions de gaz à effet de serre, on combine et on pondère des critères quantitatifs et qualitatifs : réduction des flux de matières (diminuer la consommation de ressources), ralentissement des flux (prolonger la durée de vie utile des ressources), création de boucles (recycler, composter ou valoriser) et réduction des impacts (minimiser les répercussions environnementales, économiques et sociales). Les ressources évaluées sont principalement la matière, l’énergie et l’eau.

Il s’avère que le recyclage des masques d’intervention selon le modèle Go Zero a le meilleur indice de circularité.

RECYCLER, ÇA VAUT LA PEINE !

Le scénario de recyclage est plus efficace en matière de réduction des flux et des impacts que l’incinération. Le procédé génère moins d’émissions carbone. Les matières contenues dans les masques ont des débouchés directement au Québec. Enfin, le modèle participe à l’économie sociale locale grâce à la création d’emplois circulaires ouverts à des personnes handicapées ou en situation d’insertion.

Il y a quelques mois, la question des masques et de leur impact environnemental générait bien des discussions. Aujourd’hui, la conclusion : quand on veut recycler, on peut. Le jeu en vaut la chandelle grâce à la volonté et à l’existence de filières de recyclage des plastiques, du métal et de l’élastique de plus en plus structurées. En plus des masques, Go Zero recycle et valorise désormais d’autres produits et instruments médicaux. Dans un esprit de responsabilisation sociale élargie de l’industrie privée, MedSup prend en charge les frais de recyclage pour ses clients.

Le CTTÉI entend bien généraliser l’usage de son nouveau cadre d’évaluation de la circularité afin de tester des méthodes de mise en valeur des matières résiduelles et l’efficacité des technologies propres.

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