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Sonia Gagné: Présidente-directrice générale de RECYC-QUÉBEC – Déterminée à faire passer le Québec à la vitesse supérieure

Par Guy Des Rochers

« Chez RECYC-QUÉBEC, je suis à la tête de quatre-vingts professionnels qui sont tous des premiers de classe dans leur domaine respectif, affirme sans ambages la présidente-directrice générale de cette société d’État, Sonia Gagné. Et l’écosystème dans lequel nous évoluons est exceptionnel, grâce à cette incroyable expertise sur laquelle je peux compter. C’est un privilège de faire partie de cette équipe. »

Personne ne peut résister au dynamisme, à l’entregent et à la capacité d’exprimer un message clair de Sonia Gagné. Le récent plan stratégique élaboré par RECYC-QUÉBEC pour les trois prochaines années peut d’ailleurs compter sur l’engagement de cette femme pour faire passer la société québécoise à la vitesse supérieure, grâce à plusieurs réformes telles que la modernisation de la collecte sélective, l’élargissement de la consigne et la valorisation de la matière organique.

Formulés à travers six orientations stratégiques, les objectifs de RECYC-QUÉBEC sont principalement de réduire l’utilisation des ressources, d’éliminer le gaspillage et d’inscrire davantage toutes les actions du Québec dans une économie circulaire. Il ne fait aucun doute que le navire des réformes sera mené à bon port, car avec tous les atouts que lui confèrent sa formation et son expérience, Sonia Gagné a le gouvernail bien en main.

Depuis l’obtention d’un baccalauréat en psychosociologie, il y a une trentaine d’années, Sonia Gagné a toujours évolué en consultation et à son compte, entre autres pour l’optimisation des processus d’affaires, mais aussi comme gestionnaire.

« J’ai choisi la psychosociologie parce que je me suis toujours vue travailler dans le service et dans la facilitation de rencontres, explique-t-elle. Ce qui m’a fascinée dans ce domaine, c’est l’interaction entre la personne et son milieu. Au fil du temps, cela m’a amenée à acquérir une expertise dans les liens à développer entre les humains pour que les choses adviennent. D’ailleurs, il y a quelque chose en moi qui est proche de l’éducation, dans le fait de vouloir transmettre. »

Un parcours atypique

Présidente-directrice générale de RECYC-QUÉBEC depuis 2018, Sonia Gagné s’est jointe à la société d’État en 2012, selon une trajectoire professionnelle qu’elle qualifie elle-même d’atypique. « La première fois que j’ai entendu parler de RECYC-QUÉBEC, c’est quand cet organisme a fait appel à mes services comme consultante, révèle-t-elle. Mon mandat était d’identifier ses compétences distinctives et de faire une cartographie de ses processus d’affaires. Comme mon mandat s’est bien déroulé et que j’apprenais à mieux connaître cette organisation, on m’a proposé un poste par intérim pour combler l’absence d’un gestionnaire. Puis, un poste de vice-présidente aux opérations s’est ouvert, pour lequel j’ai postulé et que j’ai obtenu, en 2016. »

Parcours atypique, en effet, d’autant plus que Sonia Gagné ne s’était pas vue comme une éventuelle PDG de l’organisation en y mettant les pieds la première fois. « À mon entrée aux opérations, ce qui était important pour moi, c’était d’implanter et d’alimenter la culture de l’accompagnement. C’est-à-dire que les professionnels qui sont là, avec le travail qu’ils font, l’intelligence qu’ils détiennent et les expertises qu’ils possèdent, sont mis au service de nos différentes clientèles. Cette notion même de clientèle, nous avons beaucoup travaillé à bien la définir et à en connaître les besoins, qu’il s’agisse des municipalités, des entreprises ou des citoyens. Mon accession au poste de PDG s’est faite deux ans plus tard, quand mon prédécesseur, Dany Michaud, a décidé de quitter ce poste. Le conseil d’administration a alors opté pour la continuité en recommandant au gouvernement que j’y sois nommée, parce que le travail qui avait été amorcé semblait conforme à ses attentes. »

Des réussites et un prix mérité

Depuis qu’elle occupe la haute direction de RECYC-QUÉBEC, Sonia Gagné a certes rencontré d’importants défis, mais celui qu’elle considère aujourd’hui comme une réussite en tant que gestionnaire relève d’un positionnement plus fondamental de la société d’État dans la chaîne de valeur.

« Quand on pense à RECYC-QUÉBEC, la première image qui vient en tête est sans doute celle du bac bleu, c’est-à-dire le recyclage, dévoile-t-elle. Depuis mon entrée en poste, ce que j’ai tenté de faire, c’est de retourner à notre mission première et même d’en élargir le concept. Certes, le recyclage est l’une des stratégies qui permettent à une matière d’être détournée de l’élimination, mais en amont, il existe la notion de prévention de la génération de déchets, c’est-à-dire tout ce qui est fait avant que quelque chose devienne un déchet. » Sonia Gagné précise que lors des dernières années, RECYC-QUÉBEC a déployé toute une série de programmes et d’actions en vue de la sensibilisation, en amont, à la prévention de la génération de déchets. « Il faut travailler à éviter que la ressource ne devienne un déchet », précise-t-elle.

Récemment, en novembre, Sonia Gagné a reçu une distinction significative : elle est la lauréate 2022 du prix Leader d’influence du Réseau des femmes d’affaires du Québec, dans la catégorie Organisme public ou parapublic. Et cette nomination l’a grandement touchée.

« Cette reconnaissance procure beaucoup d’énergie et elle me dit que le travail accompli par RECYC-QUÉBEC est important, confie-t-elle. Bien sûr, c’est moi qui suis allée chercher le trophée, mais même si ça fait cliché de le dire, rien de cela n’aurait été possible si les 80 joueurs de RECYC-QUÉBEC n’étaient pas à mes côtés pour livrer la marchandise. Sans eux, mes aspirations seraient restées sur le pas de la porte. C’est un formidable encouragement à poursuivre le travail. »

« Certes, le recyclage est l’une des stratégies qui permettent à une matière d’être détournée de l’élimination, mais en amont, il existe la notion de prévention de la génération de déchets, c’est-à-dire tout ce qui est fait avant que quelque chose devienne un déchet. »

« Le recyclage, une solution parmi tant d’autres. »

— Sonia Gagné

« Vous avez devant vous la PDG de RECYC-QUÉBEC qui vous dit que le recyclage, ce n’est plus suffisant. L’objet principal de notre plan stratégique actuel, c’est de réduire à la source même la génération éventuelle de déchets en exerçant différentes stratégies », explique Sonia Gagné.

Depuis sa création en 1990 par le ministère de l’Environnement de l’époque, RECYC-QUÉBEC est la société d’État qui encadre la récupération et le recyclage dans la province. Elle administre notamment le programme de la consigne. Cette société est aussi la colonne vertébrale de la gestion de la collecte sélective auprès des municipalités. En vertu de son nouveau plan stratégique, son rôle deviendra encore plus déterminant dans une perspective d’économie circulaire et de lutte contre les changements climatiques.

Sonia Gagné affirme que RECYC-QUÉBEC continuera d’être associée à la stratégie du recyclage, mais qu’elle cherchera aussi à être une chef de file afin de permettre aux citoyens et aux entreprises de repenser leur consommation et d’évoluer vers un mode économique de circularité. « Collectivement et individuellement, nous devons devenir plus responsables de nos ressources », dit-elle.

L’objectif de ne plus gaspiller nos ressources n’a rien d’utopique, selon la PDG, et même si cela représente un défi de taille, RECYC-QUÉBEC croit qu’il s’agit là d’occasions stimulantes pour innover. « Chose certaine, RECYC-QUÉBEC se retrouve plus que jamais au cœur de sa mission », affirme-t-elle.

Plan stratégique et rapport du BAPE : même combat

La réalité des ressources limitées de notre planète est aujourd’hui largement documentée, et le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), dans son récent rapport sur la gestion des résidus ultimes, démontre qu’il reste encore du travail à faire au Québec dans la gestion des matières résiduelles.

« On peut constater que, lors des dernières années, RECYC-QUÉBEC a été le catalyseur, l’initiateur de deux modernisations extrêmement importantes, la collecte sélective et la consigne, explique Sonia Gagné. Certes, ces changements exprimaient une volonté politique de notre gouvernement, mais une fois cela énoncé, il nous fallait livrer la marchandise. Dans ce contexte, nous avons pu travailler avec nos collègues des différents ministères pour faire avancer ces dossiers et l’été dernier, les deux projets de règlement ont été adoptés à l’Assemblée nationale. »

Comme il se devait, RECYC-QUÉBEC a pris acte du rapport du BAPE, mais ce n’est pas comme si la société d’État n’avait pas déjà entrepris le travail. Pas question de se demander qui, de l’œuf ou de la poule, est arrivé en premier, puisqu’il s’agit avant tout de démarches concertées.

« Pour l’élaboration du rapport du BAPE sur l’état des lieux et la gestion des résidus ultimes, nous avons eu droit à une très large consultation en bonne et due forme, raconte Sonia Gagné. Et nous avions là un intrant de première qualité pour l’élaboration de notre plan stratégique. »

Non seulement le plan stratégique intitulé En action pour réduire tient-il compte des conclusions du rapport du BAPE, mais ce rapport a lui-même bénéficié d’une participation importante de RECYC-QUÉBEC.

« Oui, nous y avons contribué activement, révèle Sonia Gagné. Non seulement le BAPE nous a-t-il posé une centaine de questions, auxquelles nous avons apporté nos réponses, mais nous avons aussi produit de la documentation et passé des heures et des heures en commission. Quand son rapport est sorti, nous avons constaté ses conclusions et nous en avons immédiatement pris acte dans notre plan stratégique. D’ailleurs, ce dernier a été déposé au gouvernement du Québec en avril 2022 et il a été approuvé. En quelque sorte, nous avons eu, avant la fermeture de la session, le message que nos orientations pouvaient être enclenchées et poursuivies. »

Être le liant

Voilà sans doute pourquoi RECYC-QUÉBEC s’est empressée de se mettre à la disposition des municipalités, des entreprises, des organisations et des citoyens, en offrant son savoir-faire et son expertise à travers l’application de son plan stratégique, puisque son leadership n’apparaît jamais aussi fort que lorsqu’il s’exprime en équipe.

« En réalité, cela s’accomplit par des projets en commun, par des ententes sur lesquelles nous allons travailler ensemble, stipule Sonia Gagné. Prenons l’exemple de la Société du Plan Nord, avec laquelle nous avons élaboré des projets concrets concernant, entre autres, les flux de matières dans les territoires nordiques. Ou encore celui du ministère du Tourisme, avec qui nous allons accompagner des cohortes d’hôteliers pour l’inclusion de pratiques écoresponsables dans leurs établissements. Nous, tout seuls, nous pouvons faire cela, mais c’est beaucoup plus puissant quand nous le réalisons avec l’organisme qui est porteur des préoccupations du milieu. Je crois beaucoup à cela, et si RECYC-QUÉBEC peut jouer un rôle de liant, de facilitateur pour le travail en équipe, alors je me sens cohérente avec ce que j’ai dit plus tôt : c’est ce que je fais depuis que je suis sortie de l’école – faciliter le travail d’équipe. »

« Quand [le rapport du BAPE] est sorti, nous avons constaté ses conclusions et nous en avons immédiatement pris acte dans notre plan stratégique. »

Un plan qui modifie le rôle de RECYC-QUÉBEC

Après une trentaine d’années d’existence, RECYC-QUÉBEC propose pour 2022 à 2025 un plan stratégique intitulé « En action pour réduire », qui contribue à la mise en œuvre de réformes majeures et confirme que la société d’État redéfinit son rôle.

En compagnie des municipalités, des commerces, des entreprises et des industries, RECYC-QUÉBEC a jusqu’à maintenant participé à bâtir un secteur qui contribue à l’économie, tout en œuvrant à la transition écologique de notre société, particulièrement dans les domaines de la collecte sélective et de la consigne.

Par son nouveau plan stratégique, bien que sa mission reste la même, RECYC-QUÉBEC délègue dorénavant à deux organismes désignés des activités qui jusqu’à maintenant ont été les siennes. Ce changement majeur concrétise et officialise ainsi la transition en profondeur des systèmes de consigne et de collecte sélective.

En effet, RECYC-QUÉBEC a confié à Éco Entreprises Québec le rôle d’organisme de gestion désigné pour la collecte sélective, ce qui inclut la mise en œuvre de la REP. Aussi, RECYC-QUÉBEC a choisi l’Association québécoise de récupération des contenants de boissons pour mettre en œuvre et financer un système modernisé de consigne (élargissement de la consigne).

Plus d’énergie dans d’autres dossiers

Pour Sonia Gagné, il est certain que ces changements redéfinissent le rôle de la société d’État dont elle est PDG. « Il va de soi que nous n’administrerons plus certains aspects opérationnels de la collecte sélective et de la consigne, dit-elle. Nous serons davantage en mode coordination. Ainsi, nous pourrons investir plus d’énergie dans le traitement de dossiers comme le gaspillage alimentaire ou la valorisation des résidus de construction, rénovation et démolition (CRD), qui sont deux gisements de matières très importants. Alors oui, notre rôle change un peu. »

Peut-on parler d’une nouvelle identité pour RECYC-QUÉBEC ?

« Certes, mais notre loi constitutive, laquelle a trente et un ans maintenant, précise que nous avons été constitués dans une perspective de préservation des ressources. Donc, en quelque sorte, c’est un retour à notre mission de base, puisque c’est la priorité de notre plan stratégique », dit-elle.

Selon elle, la différence aujourd’hui, c’est que l’on fait la promotion et l’implantation de toutes les stratégies d’économie circulaire. « Il y a trente ans, l’économie circulaire n’était pas documentée comme elle l’est aujourd’hui, précise-t-elle. Donc, avec l’idée de circulariser l’économie du Québec au maximum dans une perspective de préserver nos ressources, nous revenons à notre mission de base, en fait ! »

Sonia Gagné insiste sur le fait que le plan stratégique de trois ans en est un de transition. « RECYC-QUÉBEC s’occupait des pneus, par exemple, ou du régime de compensation de la collecte sélective : c’est dans ces champs d’activité que la société d’État fera vraiment une transition. »

L’utilisation judicieuse de nos ressources

Dans un contexte mondial où sévit une crise environnementale, dominée par l’épuisement des ressources non renouvelables et la crise climatique, que valent nos petits gestes, au Québec, selon Sonia Gagné ?

« Prévenir la génération de déchets, éviter le gaspillage alimentaire ou le réchauffement climatique, ce ne sont pas des dossiers différents, mais un seul dossier, déclare-t-elle. Quand des matières organiques sont enfouies, quand je gaspille de la nourriture, je gaspille aussi toute l’énergie qui a été nécessaire pour la produire, et je génère également du méthane quand je fais de l’enfouissement. Donc, nous devons tous concourir au même objectif : l’utilisation judicieuse de nos ressources, lesquelles ne sont pas infinies. Nous avons la chance, au Québec, de pouvoir compter sur autant de ressources précieuses, mais nous avons la responsabilité d’en prendre soin et d’allonger le plus possible la durée de vie de nos généreux gisements. »

Le plan stratégique 2022-2025 en 4 enjeux et 6 orientations

Enjeu 1 : Des modes de production et de consommation plus responsables         

1 – Préserver les ressources et réduire le gaspillage

Enjeu 2 : La réduction de l’élimination          

2 – Veiller à la performance des systèmes de récupération et de recyclage       

3 – Assurer la mise en œuvre des orientations gouvernementales visant  à détourner les matières organiques de l’élimination    

4 – Améliorer la performance du Québec en gestion des matières résiduelles

Enjeu 3 : Un rôle et une expertise consolidés           

5 – Bonifier l’accompagnement et les services offerts

Enjeu 4 : Une société d’État agile et performante     

6 – Viser les meilleures pratiques organisationnelles

Faire plus et mieux avec moins

La consommation et la production durables visent à « faire plus et mieux avec moins ». La préservation des ressources et la prévention du gaspillage passent donc par la réduction à la source, l’économie circulaire et l’innovation dans la chaîne de valeur des matières résiduelles. C’est ce que vise le Plan stratégique 2022-2025 de RECYC-QUÉBEC.

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