Gestion des matières résiduellesUn nouveau règlement qui force le changement… 

Un nouveau règlement qui force le changement… 

Nathalie Drapeau, Directrice générale, Régie intermunicipale de traitement des matières résiduelles de la Gaspésie

Parce que « nous en sommes rendus là ! »

À la Régie intermunicipale de traitement des matières résiduelles de la Gaspésie (RITMRG) et en compagnie de nos partenaires, la MRC du Rocher-Percé et la Ville de Gaspé, nous avons démarré l’année sur les chapeaux de roues ! En effet, nous nous sommes dotés d’un nouveau règlement sur la gestion des matières résiduelles (GMR), lequel vient rappeler, en quelque sorte, l’urgence de passer à l’action pour tous les citoyens physiques et moraux de notre territoire.

Grosso modo, le cœur du règlement vient expliquer ceci à chaque concitoyen et gestionnaire d’institution, de commerce ou d’industrie (ICI) : vous devez trier vos matières résiduelles et les diriger au bon endroit, point à la ligne. Parce que nous n’avons plus le choix ! 

Dorénavant, tous ont l’obligation de séparer les matières résiduelles (déchets, matières recyclables, matières organiques et matières valorisables) et d’en disposer dans le bon bac, dans le conteneur approprié ou à l’endroit désigné, selon les modalités citées au règlement, à défaut de quoi un processus sera enclenché dans le but d’informer, d’expliquer et de responsabiliser davantage l’usager :

  • d’abord un billet de courtoisie – celui-ci vise à dire : « Coucou ! Il y a quelque chose à corriger, merci de collaborer » ;
  • ensuite, un deuxième avis doublé d’un échange : « Encore nous ! Il faut corriger la situation, parce que les répercussions sont nuisibles. Merci d’en informer votre entourage » ;
  • enfin, si le comportement non conforme persiste, un constat d’infraction avec amende applicable sera octroyé.

Pourquoi cette approche plus musclée ? Parce que force est d’admettre qu’après plusieurs rappels, avis, investissements majeurs et campagnes d’information, il nous faut maintenant passer à l’obligation d’agir avec plus de responsabilité sociale. Nous nous sommes donc donné des outils, comme le règlement et la cohorte d’agents verts, pour atteindre nos objectifs de meilleure gestion des matières résiduelles, lesquels sont de réduire l’enfouissement, d’améliorer l’efficacité de nos services, d’augmenter la qualité des matières et de réduire les coûts reliés à la GMR.

Encore 43 % de matières résiduelles se rendent à l’enfouissement

Depuis 2010, nous avons progressivement offert des outils et de l’encadrement à nos concitoyens et à nos ICI afin d’améliorer la gestion des matières résiduelles : l’accompagnement personnalisé, la taxation générateur-payeur, écocentres et la collecte des matières organiques. De plus, en 2016, les bacs ont été dotés de puces électroniques permettant de mieux évaluer le taux de participation citoyenne et de connaître les habitudes individuelles quant à chacune des collectes, ce qui nous a permis de cibler nos interventions en espérant amener les citoyens à adopter de meilleures pratiques.

Toutefois, en dépit de nos efforts et des sommes d’argent investies au fil du temps, nous avons constaté, à la fin de l’année 2020, que 43 % des matières résiduelles finissaient encore à l’enfouissement. C’est donc que le citoyen plaçait encore dans le bac à déchets une proportion importante de matières résiduelles !

De plus, parmi les matières enfouies, seulement 20 % sont de vrais déchets. Cela représente pour 2019 plus de 3 000 tonnes de matières qui auraient pu être recyclées, compostées ou valorisées.

Quand on analyse les données issues des collectes, on découvre qu’environ 10 % des citoyens n’utilisent jamais le bac de recyclage. Quant au bac brun, selon les territoires, les taux de participation varient de 30 à 50 %. Cela veut dire qu’une grande proportion de gens n’adhèrent pas encore à cette collecte.

Comment expliquer ces constats ? Il est clair que la gestion des matières résiduelles n’est pas la préoccupation première… À la maison, il faut s’occuper des enfants, des comptes, de la gestion quotidienne. Dans les commerces, il faut trouver des employés, maintenir l’équilibre budgétaire… Gérer les matières résiduelles ne figure donc certainement pas dans le « top 10 » des activités prioritaires. Ce n’est pas un sujet sexy et il est rare que le citoyen ou le commerçant fasse le lien entre le geste qu’il pose et ses répercussions économiques et environnementales.

Un défi collectif

Par ce nouveau règlement, nous désirons ramener ce volet au centre de la discussion avec le citoyen pour lui faire comprendre que la gestion des matières résiduelles, c’est un défi collectif qui exige des efforts de chacun d’entre nous. C’est un travail d’équipe et c’est collectivement que nous devons nous mettre à la tâche. C’est aussi collectivement que nous allons en retirer des bénéfices.

Le nouveau règlement, c’est une clé que nous ajoutons cette année à notre trousseau. Et cette clé, nous devons l’utiliser avec compréhension, mais rigueur. Parce que l’urgence cogne à la porte, les coûts en témoignent ! Et au-delà de ceux-ci, nous avons la responsabilité, comme décideurs, gestionnaires, citoyens ou ICI générateurs, de nous sentir interpellés par toutes ces matières qu’on qualifie de « résiduelles », mais qui sont en fait des ressources à réutiliser, à recycler ou à valoriser.

La RITMRG, soutenue par son conseil d’administration, a choisi de marteler ce message : une approche collective, maintenant !

Le citoyen et le gestionnaire d’institution, de commerce ou d’industrie ont la responsabilité de disposer de ces matières au bon endroit.

Notre organisation a la responsabilité d’offrir les services de collecte, de transport et de traitement, mais aussi de recherche et d’innovation dans son approche et son offre de solutions.

Les couches souillées de bébé ou de la nourriture dans le bac bleu, c’est fini. Du carton dans le bac à déchets, c’est tolérance zéro. Des matières organiques encore à la poubelle, ce n’est plus acceptable. Des résidus de construction non valorisés, ça n’a plus sa place. Comme société, nous en sommes rendus là !

Populaires

PFAS : revenir aux sources du problème

Saviez-vous que le Québec ne compte aucune usine produisant des substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées, et que la réglementation fédérale interdit depuis plusieurs années la...

Réduction à la source : l’économie de la fonctionnalité et de la coopération (EFC), un modèle à propager

Une nouvelle avenue pour l’innovation    Miser sur la vente de l’usage des produits plutôt que sur la vente des produits eux-mêmes, voilà une stratégie...

Choisir les bons mots pour plus d’impact : Retour sur une publication qui a (un peu) fait jaser

Le point de départL’idée de rédiger ce qui suit découle d’une simple publication que j’ai faite sur LinkedIn : une photo illustrant des bacs...
Publicitéspot_img