Ce n’est plus un secret : les résidus de construction, rénovation et démolition – les fameux CRD – sont au cœur des préoccupations de l’industrie, des associations sectorielles et du gouvernement provincial. Ils représentent près de 30 % de tout ce qui est envoyé à l’enfouissement1. Ils contribuent ainsi à réduire la durée de vie de ces sites et à générer des gaz à effet de serre. Or, plusieurs CRD gardent une valeur économique intéressante et mériteraient d’être réutilisés.
Rien n’oblige les entrepreneurs à passer par un centre de tri. Mais ceux qui adoptent de meilleures pratiques y trouvent leur compte. Pour maîtriser leurs coûts, ils développent un réseau de preneurs, tissent des liens d’affaires étroits avec des centres de tri et sont appuyés par des associations sectorielles et industrielles qui font la promotion de solutions durables.
Former et sensibiliser l’industrie
Ces dernières années, différentes initiatives ont émergé pour encourager une gestion plus durable des CRD. L’Association de l’enveloppe et des revêtements muraux du Québec, par exemple, a créé une formation en ligne à ce sujet pour ses membres. Constituée de plusieurs modules, elle aborde notamment la construction durable et la gestion des matériaux en fin de vie. Plus récemment, le Centre de transfert technologique en écologie industrielle (CTTÉI) a concocté une série de quatre capsules sur l’économie circulaire et la responsabilité environnementale destinées aux membres de l’Association de vitrerie et fenestration du Québec (AVFQ) qui cherchent à monter en compétences pour s’engager dans la transition vers une économie durable. Ces capsules portent sur :
- les stratégies de l’économie circulaire ;
- la circularité des matériaux de l’industrie des vitres et de la fenestration;
- la mise en œuvre de stratégies de circularité en milieu industriel;
- leur application sur les chantiers.
Plusieurs membres de l’équipe du CTTÉI ont préparé les contenus de ces formations et les ont présentés, en s’assurant qu’ils soient concrets et adaptés aux réalités des fabricants, distributeurs et installateurs de portes et fenêtres. Tournées par une équipe professionnelle, ces capsules vidéo sont accessibles en tout temps sur la plateforme Web réservée aux membres de l’AVFQ.
C’est donc dire que, par leurs enjeux communs et par la force du nombre, les associations représentent un vecteur important de changement.
Le cas des toitures plates
L’univers des possibles est grand en matière de récupération de MCS !
Depuis 2024, le CTTÉI collabore avec l’Association des maîtres couvreurs du Québec (AMCQ) pour trouver des solutions de mise en valeur des matériaux issus du démantèlement des toitures plates. Selon une étude de RECYC-QUÉBEC2, ce gisement s’élève à quelque 92 000 tonnes par an. Des données de l’AMCQ indiquent que 80 % des toitures sont démantelées, alors que leur vie pourrait être prolongée d’au moins 10 ans.
Faute de débouchés pour de nombreuses matières et de chaînes de valeur pour les gérer, c’est l’enfouissement qui demeure l’option privilégiée. Pour renverser la vapeur, l’AMCQ a créé un comité de transition écologique et l’a chargé de ce dossier devenu prioritaire.
Réunir tout une chaîne de valeur
En mai dernier, le CTTÉI a réuni plusieurs acteurs œuvrant dans le recyclage et la valorisation de matériaux : associations sectorielles, MELCCFP, lieux d’enfouissement technique, centres de tri, centres de recherche, cimenteries, fabricants de produits de toiture et couvreurs. Ensemble, ils ont discuté des enjeux et identifié les freins technologiques, logistiques, économiques et réglementaires qui nuisent à une meilleure gestion de ces résidus. La rencontre leur a permis de tracer les contours de projets et d’explorer les modalités de création d’une filière rentable. Car, il faut bien l’admettre, si la rentabilité n’est pas au rendez-vous, point de filière il y aura.
Du comité à l’action
Un projet pilote, financé par Montérégie Économique dans le cadre de sa feuille de route, permettra cet automne d’obtenir des données probantes sur le coût réel du démantèlement et sur les effets du tri – ou de son absence – des débris sur chantier.
Deux couvreurs recevront l’équipe du CTTÉI sur leurs chantiers afin que différentes méthodes de travail soient explorées et documentées. Un autre objectif sera de confirmer l’existence de marchés pour les principaux matériaux récupérés (membranes bitumineuses, isolants et panneaux de support en bois).
Ainsi, en quelques mois à peine, une nouvelle filière de recyclage pourrait donc voir le jour. C’est là le grand avantage de travailler dès le départ avec tous les acteurs d’une chaîne de valeur, une approche chère à l’équipe du CTTÉI.
1 RECYC-QUÉBEC (2025), Étude de caractérisation des matières résiduelles acheminées à l’élimination 2023, Gouvernement du Québec. https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/sites/default/files/documents/caracterisation-elimination-2023.pdf
2 RECYC-QUÉBEC (2020), Étude sur la mise en marché et la gestion de fin de vie des revêtements de toitures, Gouvernement du Québec. https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/sites/default/files/documents/etude-mise-en-marche-et-gestion-toitures.pdf