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Économie circulaire : entre envolées locales et inertie mondiale

Par Daniel Normandin

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Les signaux semblent positifs, mais à y regarder de plus près, l’économie circulaire trace un parcours à deux vitesses : des initiatives inspirantes d’un côté, une consommation effrénée de l’autre. Retour sur le Sommet canadien de l’économie circulaire 2025.

Un sommet sous le signe de la maturité

Du 15 au 17 avril 2025, près de 1 000 délégués et quelque 450 organisations ont participé au deuxième Sommet canadien de l’économie circulaire. C’est, à ce jour, le plus important événement sur le sujet au pays. À titre comparatif, le premier Sommet, qui s’est tenu à Toronto en 2023, avait attiré environ 440 délégués, moins que le Québec à lui seul, avec ses Assises de l’économie circulaire.

Mais au-delà des chiffres, le Sommet de cette année révèle un degré de maturité plus élevé à l’égard de l’économie circulaire. La diversité des conférences et des panels présentés témoigne d’une meilleure compréhension de ce qu’est l’économie circulaire, plus vaste que l’association « économie circulaire = recyclage », qui était encore bien présente en 2023.

Autre signal encourageant : une mobilisation accrue à l’égard de la mise en œuvre concrète des stratégies à la base de l’économie circulaire. J’ai en effet pu constater un désir évident des participants d’accroître la collaboration entre les gouvernements et les organisations des différentes provinces.

Cela dit, malgré cette ouverture, l’essentiel des efforts réalisés en matière d’économie circulaire à l’échelle canadienne demeure concentré dans trois provinces : l’Ontario, la Colombie-Britannique et, surtout, le Québec, qui remporte encore la palme quant au nombre d’initiatives privées, publiques et scolaires.

Le Québec : locomotive de la circularité  

Nos confrères et consœurs des autres provinces se demandent encore comment le Québec a fait pour établir son leadership en matière de circularité et le conserver sur la scène canadienne. Pour diffuser l’expertise québécoise et susciter la collaboration interprovinciale, une publication a été rédigée (dans la langue de Shakespeare) à ce sujet en 20211. Une mise à jour couvrant la période 2021-2025 est en préparation et paraîtra à l’automne 2025. En attendant, un sommaire 2 est déjà disponible.

Toujours à l’échelle québécoise, des jalons importants ont été annoncés durant le Sommet.

Le Plan de mise en œuvre 2025-2028 3 de la Feuille de route gouvernementale en économie circulaire 2024-2028 4 a été rendu public. On y retrouve 132 actions concrètes, portées par 21 ministères et organismes. Le gouvernement estime à plus de 758 millions de dollars le potentiel financier de ce plan en faveur de l’économie circulaire.

La Ville de Montréal a, pour sa part, dévoilé son premier plan d’action 2025-2027 en économie circulaire 5. Visant à opérationnaliser les 13 priorités stratégiques de la Feuille de route montréalaise en économie circulaire 6, adoptée en mai 2024, ce premier plan d’action triennal, s’il est intégralement mis en œuvre, fera rayonner la métropole comme leader en économie circulaire au Canada. 

Enfin, en mai 2025, le Réseau de recherche en économie circulaire du Québec a dévoilé la Feuille de route pour la transition vers une économie circulaire de la société québécoise 2025-2050 (FREC) 7. Élaborée avec la contribution de plus de 330 actrices et acteurs de l’économie circulaire, la FREC s’inscrit dans une perspective à long terme. Elle vise à mobiliser l’ensemble des parties prenantes de la société québécoise, en complément de la feuille de route gouvernementale 2024-2028. Elle propose une vision durable à la hauteur des transformations profondes et systémiques nécessaires à la transition vers une économie réellement circulaire au Québec.

D’autres feuilles de route régionales ont aussi vu le jour au cours des dernières années, notamment en Montérégie 8 et dans les Laurentides 9, alors que d’autres sont en cours d’élaboration. Des initiatives qui illustrent l’intérêt croissant de la société québécoise à l’égard de l’économie circulaire.

Pendant ce temps, ailleurs sur la planète…

L’effervescence québécoise tranche avec les tendances mondiales. En effet, selon le plus récent rapport 10 de Circle Economy et Deloitte, dévoilé en mai au Forum mondial de l’économie circulaire, l’indice de circularité mondial est passé de 7,2 % à 6,9 %. Autrement dit, moins de 7 % des quelque 100 milliards de tonnes de ressources consommées chaque année proviennent de matériaux recyclés. En 2018, ce taux atteignait encore 9,1 %.

Ce recul s’explique surtout par une consommation toujours plus élevée de ressources vierges, qui dépasse largement les gains obtenus principalement grâce au recyclage.

Produire moins, produire mieux

Pour réussir la transition, il faudra bien plus que des gestes isolés. Les auteurs du rapport appellent une action coordonnée des gouvernements et des entreprises, à travers des politiques ambitieuses, des modèles d’affaires circulaires et des investissements dans les infrastructures adaptées. Surtout, ils plaident pour une approche systémique sur les plans national et international.

Le Québec est sur la bonne voie. Mais les ornières de l’économie linéaire sont encore bien profondes, et les efforts demeurent bien inégaux tant au pays qu’à l’échelle mondiale.

  1. Jagou, Stéphanie (2021). Transitioning to a circular economy – Learning from the Québec experience 2014-2020. https://www.quebeccirculaire.org/library/h/transitioning-to-a-circular-economy-learning-from-the-quebec-experience-2014-2020.html
  1. Circle Economy et Deloitte (2025). Circularity Gap Report 2025. https://www.circularity-gap.world/2025

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