Au moment de sa création, il y a près de 10 ans, le succès d’Uni-Recycle n’était pas garanti, c’est le moins que l’on puisse dire. Fondée par deux jeunes idéalistes début vingtaine, cette entreprise née sur le coin d’une table a pourtant défié tous les pronostics pour s’imposer aujourd’hui comme un acteur incontournable de la collecte et du réemploi d’appareils électroniques.
Sans expérience entrepreneuriale ni connaissance du secteur de la gestion des matières résiduelles, les deux amis ont décidé d’unir leurs forces et de foncer tête baissée. Ils ont tout d’abord entassé les ordinateurs récupérés chez la mère de l’un, avant de les revendre sur le marché de l’usagé. Ils ont ensuite loué un conteneur maritime de 20 pieds pour y entreposer les appareils.
Puis, le coin de table est devenu trop petit pour leurs ambitions. Ils l’ont donc troqué pour des locaux loués auxquels ils n’ont cessé d’ajouter des pieds carrés pour suivre la cadence qu’imposait la croissance de l’entreprise. Aujourd’hui, ils s’apprêtent à déménager leurs pénates dans un édifice optimisé de près de 45 000 pieds carrés fraîchement construit pour eux. Bref, ils ont le vent dans les voiles.
Dans les locaux actuels de l’entreprise, d’énormes boîtes remplies d’appareils électroniques en tout genre : téléphones, imprimantes, portables, tours, écrans… Il y en a partout. Autant d’appareils pour nous rappeler notre engouement insatiable pour les gadgets dernier cri. Tout y est séparé, trié et parfaitement ordonné. Les employés réparent et revendent ce qui peut encore l’être. Sinon, ils s’affairent à en extraire toute matière qui a de la valeur. Le reste est acheminé aux recycleurs accrédités.
Comment expliquer un tel succès ? D’abord en raison des entrepreneurs eux-mêmes, bien sûr, qui ont fait preuve de vision et de ténacité. Par leur personnalité comme par leurs intérêts, ils semblent se compléter parfaitement – tels le yin et le yang –, ce qui est essentiel pour traverser l’aventure entrepreneuriale sereinement.
Ensuite, il faut reconnaître que le réemploi a désormais la cote.
L’ère de la réparation et du réemploi
D’un côté, il y a ceux et celles qui cherchent constamment des appareils plus récents. De l’autre, un courant qui prend de l’ampleur : celui des personnes qui, pour des raisons écologiques notamment, préfèrent garder leurs appareils plus longtemps et les faire réparer lorsqu’ils flanchent. Ce qui est, d’ailleurs, de plus en plus possible.
Le gouvernement du Québec a contribué à changer les règles du jeu. En 2023, il a adopté la loi 29, qui vise à protéger les consommateurs contre l’obsolescence programmée tout en favorisant la durabilité, la réparabilité et l’entretien des biens. En 2025, il a renforcé cette loi en exigeant que les fabricants et commerçants indiquent, avant la vente, s’ils garantissent la disponibilité des pièces de rechange, des services de réparation et des renseignements nécessaires à l’entretien.
La réalité a donc bien changé depuis l’époque où une entreprise pouvait désactiver à distance ses cartouches d’encre encore presque pleines si le client cessait de payer son abonnement au service d’impression à la page.
Encourager le réemploi
Si s’assurer que les produits électroniques en fin de vie utile soient traités de façon sécuritaire et écologique était essentiel en 2012, lors de la création d’ARPE-Québec, ce l’est tout autant aujourd’hui. Ces produits contiennent des matières hautement nocives qui doivent être recyclées de la meilleure façon possible. Là-dessus, pas de doute.
Mais il faut aussi tout mettre en œuvre pour privilégier le réemploi de tout appareil ayant encore une durée de vie utile et pour lequel il existe une demande. Car chaque appareil réemployé est un appareil produit en moins.
Le gouvernement pourrait-il imposer à ARPE-Québec l’obligation de prioriser le réemploi avant le recyclage ? L’idée est séduisante à première vue. Mais son application ne serait pas une sinécure. La réussite du programme de réemploi de GoRecycle pourrait néanmoins servir de point de départ à cette réflexion.
Dans le respect de la hiérarchie du principe des 3RVE, favoriser le réemploi en 2026 ne devrait plus être le choix de quelques convaincus. Compte tenu de la récente législation sur l’obsolescence programmée, il est temps que le gouvernement du Québec joigne le geste à la parole. C’est une question de cohérence.