Pour bien des gens, le bac roulant fait partie du paysage depuis toujours. Pourtant, ce n’est pas tout à fait le cas. L’indispensable accessoire de la gestion des matières résiduelles célèbre cette année son 40e anniversaire. Un jalon rendu possible grâce à l’audace et à la détermination d’une poignée d’élus municipaux et d’entrepreneurs. Regard dans le rétroviseur.
Cette page d’histoire méconnue a été écrite à Drummondville, où les premiers bacs roulants ont été mis à l’essai dans le cadre d’un projet pilote. « Ça a l’air banal aujourd’hui, mais en 1985, le système en place n’existait pas, rappelle la mairesse de Drummondville, Stéphanie Lacoste. On a eu l’audace d’implanter ça ! »
À l’époque, les déchets étaient déposés en bordure de rue, dans des poubelles ou des sacs. La collecte des ordures ménagères s’effectuait deux fois par semaine, rappelle-t-elle.
L’adoption du bac roulant, alors déjà répandu en Europe, n’est d’ailleurs pas passée comme une lettre à la poste, affirme Mme Lacoste, qui a recueilli les souvenirs de Francine Ruest-Jutras, à la tête de la Ville à l’époque.
« Comme la collecte passait de deux à une fois par semaine avec le bac, les gens craignaient surtout les odeurs, dit-elle. Mais ils se sont rapidement rendu compte que c’était beaucoup plus efficace et plus hygiénique. La population n’a pas tardé à embarquer. »
C’est sous l’impulsion du manufacturier allemand SSI Schaefer et de quelques représentants de l’entreprise particulièrement convaincants – et convaincus — que Drummondville a donné le feu vert au projet pilote.
« Ça a été le travail de gens qui y croyaient, dit la mairesse Lacoste. Surtout que le ramassage de poubelles, ce n’est pas un sujet très sexy. Mais on voit aujourd’hui l’efficacité que ça apporte sur le terrain : 40 ans plus tard, les bacs roulants sont aussi utilisés pour la collecte du compost. »
L’affaire est dans le bac
L’entrepreneur québécois Daniel Gingras s’est rapidement intéressé à ce projet qu’il qualifiait à l’époque d’« un peu fou ». Sa famille œuvrait alors dans la collecte de déchets dans la région de Portneuf.
Après avoir rencontré André Watté, instigateur du projet pilote de Drummondville, il s’est joint à l’équipe de SSI Schaefer à titre de « vendeur » en 1988. Lentement mais sûrement, d’autres villes ont emboîté le pas à Drummondville et ont troqué les sacs-poubelle pour le bac, raconte M. Gingras. Mais la résistance au changement était forte, notamment parce que les administrations municipales ne voulaient pas obliger les entrepreneurs spécialisés dans la collecte des ordures à mécaniser leurs équipements.
À l’époque, les camions automatisés, comme ceux de l’entreprise Cascades, responsable de la collecte des déchets à Drummondville, étaient uniques au Québec. Ils n’étaient pas à la portée de tous. La famille Gingras a toutefois contribué à démocratiser la collecte mécanisée en développant un « bras de fer », ou « verseur », pouvant être installé sur n’importe quel type de camion pour quelques milliers de dollars.

Grâce à cette invention, les bacs ont commencé à se multiplier. À lui seul, Daniel Gingras estime avoir contribué à en vendre plus d’un million au fil des décennies. Pour y arriver, il a pris son bâton de pèlerin, multiplié les kilomètres et fait la tournée des municipalités et des entreprises spécialisées dans la collecte des matières résiduelles.
Une fois que les citoyens expérimentaient le bac roulant, ils l’adoptaient de façon majoritaire, assure Daniel Gingras, aujourd’hui retraité. Au fil du temps, d’autres manufacturiers de bacs, dont l’entreprise québécoise IPL, se sont taillé une place dans le marché.
Au début des années 1990, le bac a été étendu à la collecte de matières recyclables, puis à celle du compost. Son utilisation a non seulement contribué à améliorer l’efficacité de la collecte, mais a aussi permis d’en réduire les coûts et d’améliorer les conditions de travail de l’industrie, soulignent tant M. Gingras que la mairesse de Drummondville.
De l’avis de M. Gingras, l’adoption du bac roulant représente un jalon majeur dans l’histoire de la gestion des matières résiduelles.
Cet apôtre de la première heure a d’ailleurs souligné, en septembre dernier, le 40e anniversaire du bac avec quelques acteurs du secteur au Québec. La Ville de Drummondville a aussi marqué l’événement auprès de ses employés et de la population.
À lui seul, Daniel Gingras estime avoir contribué à vendre plus d’un million de bacs au fil des décennies.