Lorsqu’on parle du secteur des batteries, les gens pensent d’emblée aux batteries de véhicules électriques (VE). Très peu font immédiatement le lien avec les batteries de micromobilité, qui alimentent notamment les trottinettes et les vélos électriques, dont le nombre croît d’année en année. Ces flux attirent à juste titre beaucoup d’attention parce qu’ils sont volumineux et contiennent des ressources stratégiques pour la transition énergétique.
Pourtant, il existe une catégorie de batteries encore plus présente dans nos habitudes quotidiennes, qui passe presque inaperçue : les batteries à usage domestique, communément appelées « piles grand public », que l’on trouve, entre autres, dans les jouets pour enfants, les radios, les télécommandes et les détecteurs de fumée.
Une mine insoupçonnée dans nos maisons
Nos maisons regorgent de piles diverses (AA, AAA, CR2032, D, C, etc.), qui nous sont plus ou moins familières et que nous jetons souvent sans réfléchir. Il en existe deux grands types : les piles non rechargeables (alcalines, salines, au mercure, au lithium) et les piles rechargeables (nickel-cadmium, nickel-métal-hydrure, lithium-ion, lithium-polymère et les petites piles scellées au plomb-acide). Qu’elles soient rechargeables ou pas, leur gestion en fin de vie soulève des problèmes tant en ce qui concerne leur toxicité qu’en ce qui a trait à leur contenu en métaux de valeur.
Ces piles ne sont pas seulement de petits morceaux de plastique et de métal. Elles contiennent des métaux comme le zinc, le manganèse, le nickel, le lithium et le cobalt ainsi que des éléments de terres rares (ETR) jugés critiques et stratégiques pour le Québec et le Canada.
Pour saisir l’enjeu, il suffit de regarder leur teneur métallique. Une tonne de piles alcalines peut contenir jusqu’à 600 kilogrammes de zinc, 60 kilogrammes de manganèse et plusieurs dizaines de kilogrammes de nickel.
La collecte d’aujourd’hui, un succès à nuancer
Recyclez vos batteries, Canada ! est un programme phare mis en place par Appel à Recycler afin de favoriser la récupération des batteries. Il couvre désormais près de 15 000 points de collecte à travers le pays, rendant le recyclage accessible à une grande majorité de citoyens.
Les résultats sont très encourageants. Plus de 6,8 millions de kilogrammes de piles grand public ont été recyclés en 2024, soit une progression de 17 % par rapport à 2023, pour un total cumulé de 50 millions de kilogrammes depuis 1997 dans l’ensemble du Canada. Un record historique. Cette dynamique est une base solide, car elle prouve que les citoyens peuvent et veulent participer à la récupération des piles.
Si l’on y ajoutait les piles non collectées qui dorment dans nos tiroirs ou qui finissent dans nos poubelles, nous ferions face à un impressionnant gisement potentiel de métaux perdus chaque année. Détourner les batteries de l’enfouissement est certes une première victoire, mais les recycler pour en exploiter pleinement le contenu l’est encore davantage.
Cependant, malgré cette mobilisation autour de la collecte, le traitement industriel de ces piles reste encore très limité au Canada, en particulier pour certains formats et chimies.
Un contexte qui pousse à agir
Les piles collectées ne sont pas toutes traitées localement. Après un tri – dont nous n’aborderons pas ici les effets sur la santé humaine, ce tri restant largement manuel –, elles sont acheminées vers l’Ontario et la Colombie-Britannique. Faute d’infrastructures suffisantes au Canada, une partie du flux continue d’être exportée vers des centres de traitement spécialisés, surtout aux États-Unis.
Cette réalité montre que, même si la collecte s’améliore, le recyclage n’est pas au point. La capacité de nos infrastructures n’est pas encore assez élevée pour prendre en charge l’ensemble de nos piles domestiques.
À cela s’ajoute un contexte politique international préoccupant : manque de stratégie commune des pays quant à l’approvisionnement en métaux critiques et stratégiques (MCS), relations tendues entre les États-Unis et le Canada, repositionnement de la Chine face à sa gestion de l’exploitation des ETR. Le Québec et le Canada ont tout intérêt à intensifier leurs efforts pour mettre sur pied une filière spécialisée dans le traitement des piles grand public – un segment encore trop souvent délaissé par rapport à celui des batteries de VE –, d’autant qu’une telle filière pourrait contribuer à renforcer notre indépendance en MCS par le recyclage.
Une occasion à saisir
Le potentiel est là! Nos piles et batteries domestiques représentent une ressource significative, et la croissance des quantités collectées montre une volonté citoyenne et organisationnelle forte. Néanmoins, des efforts politiques et industriels sont nécessaires.
Cela pourrait inclure la mise en place d’une filière complète, locale et intégrée, avec davantage de centres de traitement, des incitations pour les municipalités et les entreprises, et une sensibilisation accrue du public pour encourager le bon geste citoyen.
Des solutions existent déjà ailleurs et peuvent être adaptées au contexte québécois, mais le temps joue contre nous. Chaque pile rapportée, triée et recyclée est une petite victoire pour l’économie circulaire, la protection de l’environnement et la sécurité des ressources. Le trésor métallique n’est pas seulement dans les mines du Nord, il est aussi dans nos tiroirs. À nous de le récupérer avant qu’il ne soit perdu !