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Après l’espoir, l’incertitude : la filière du plastique recyclé fragilisée

Par Kevin Morin

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En 2024, je signais une chronique porteuse d’espoir pour la filière québécoise du recyclage du plastique. À l’époque, on pouvait croire que le vent commençait enfin à tourner en faveur des recycleurs de plastique. Deux ans plus tard, force est de constater que l’avenir paraît beaucoup plus incertain pour un secteur pourtant essentiel à la transition vers une économie québécoise réellement circulaire. Que s’est-il passé ?

Je vous propose aujourd’hui d’examiner les symptômes dont souffre la filière, histoire de comprendre pourquoi l’élan de 2024 s’est rapidement essoufflé.

La modernisation de la collecte sélective 

À l’origine, le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) justifiait la modernisation de la collecte sélective par un constat assez simple : l’ancien modèle était intenable. Les producteurs assumaient presque toute la facture, mais sans réel pouvoir sur le fonctionnement. Les municipalités, de leur côté, demeuraient les donneurs d’ordres, sans pouvoir encadrer efficacement l’ensemble de la chaîne de valeur. Les crises répétées depuis 2008 ont confirmé les failles du système, soit la dépendance aux marchés extérieurs, la vulnérabilité aux fluctuations des prix et la perte de confiance du public à l’égard du recyclage. Bref, le statu quo n’était plus viable.

Un changement globalement bénéfique  

Les objectifs fondamentaux de la modification réglementaire s’alignaient parfaitement sur les intérêts des recycleurs québécois. Le règlement visait notamment à préserver l’écosystème québécois du recyclage, y compris les conditionneurs et les recycleurs, tout en favorisant la valorisation et le recyclage des matières au Québec. Il prévoyait d’ailleurs des objectifs de valorisation parmi les plus ambitieux au monde ainsi que des taux de valorisation locale suffisamment élevés pour envoyer un signal clair au marché. L’intention était évidente : il fallait soutenir la filière locale et éviter que les matières récupérées au Québec soient dirigées vers des débouchés extérieurs.

Il faut tout de même reconnaître que le MELCCFP retient une définition assez large de la valorisation locale, puisque certaines régions canadiennes et américaines peuvent être incluses dans le calcul. Cette souplesse n’est toutefois pas complètement dénuée de logique. Elle vise notamment à protéger l’organisme de gestion désigné (OGD) contre les risques liés à l’absence de partenaires québécois pour certaines matières plus difficiles à recycler, comme le plastique souple.

Rappelons que l’OGD s’expose à des pénalités importantes si les objectifs réglementaires ne sont pas atteints. Il fallait donc trouver un équilibre entre l’ambition de soutenir les débouchés locaux et la nécessité de maintenir une certaine marge de manœuvre opérationnelle.

Une autre conjoncture économique difficile

Depuis ma dernière chronique, et parallèlement au déploiement de la collecte sélective modernisée entrée en vigueur en janvier 2025, l’environnement économique du plastique recyclé s’est détérioré. Les signaux d’alarme ne viennent pas seulement du Québec. Aux États-Unis, le géant du recyclage Evergreen Recycling a récemment annoncé la fermeture de ses installations de recyclage de polytéréphtalate d’éthylène en Ohio et dans l’État de New York.

Ces fermetures ne sortent pas de nulle part. Outre l’inflation généralisée, le secteur du plastique recyclé traverse une période de turbulences qui lui est propre. La production de plastique vierge demeure abondante, ce qui exerce une pression à la baisse sur les prix et rend la résine recyclée moins compétitive. Sans surprise, plusieurs entreprises ralentissent leurs engagements en matière de contenu recyclé ou repoussent leurs cibles. Les recycleurs se retrouvent donc avec moins de débouchés au moment même où ils en auraient le plus besoin.

La nouvelle position administrative du MELCCFP

En mars 2026, le gouvernement du Québec a publié une nouvelle position administrative concernant le règlement sur la collecte sélective. Ce type de document précise la manière dont l’État entend appliquer certaines obligations réglementaires dans l’attente d’une modification formelle. En réalité, l’effet est immédiat pour les acteurs concernés. Parmi les faits saillants de cette nouvelle orientation, on note une réduction des exigences de valorisation pour plusieurs catégories de plastique.

On comprend que le MELCCFP ait voulu donner un peu d’air aux producteurs. Cette décision soulève toutefois une question assez fondamentale : qu’advient-il des objectifs initiaux de la réforme ? Rappelons que le MELCCFP justifiait cette réforme par la nécessité de protéger la filière du recyclage contre les crises répétées, les fluctuations des marchés et la dépendance aux débouchés extérieurs. Or, à la première véritable secousse, le gouvernement choisit déjà de reculer. Pour une réforme censée stabiliser la filière, le signal est pour le moins contradictoire.

Une stratégie plastique cohérente, assortie d’un appui ciblé et réfléchi, s’avère plus nécessaire que jamais pour aider les recycleurs québécois à traverser la tempête. Cette pression risque d’ailleurs de s’intensifier avec la réduction des objectifs de valorisation imposés aux producteurs, qui affaiblit indirectement la filière locale.

Déployer la stratégie plastique le plus rapidement possible

Pris entre les intérêts des producteurs et ceux des recycleurs, le MELCCFP n’a pas une infinité d’options devant lui. Le déploiement réel des mesures annoncées en 2024 dans la Stratégie de réduction et de gestion responsable des plastiques devient plus important que jamais si l’on veut éviter de sacrifier une filière locale déjà fragilisée.

Parmi les moyens forts annoncés dans cette stratégie, il était notamment question de soutien financier pour les entreprises de la filière du plastique. Or, l’aide disponible demeure largement insuffisante au regard des engagements annoncés et s’adapte mal aux réalités du contexte québécois. En somme, le MELCCFP semble encore chercher le coup de circuit. Il préfère appuyer quelques grands projets bien visibles plutôt que de bâtir des programmes réellement adaptés aux entreprises de taille moyenne, qui constituent pourtant une part importante de la filière.

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