Avec des taux de récupération d’environ 85 % pour la majorité des produits sous sa houlette, la Société de gestion des huiles usagées (SOGHU) impressionne en dépassant largement les cibles fixées par le gouvernement du Québec. Et elle est souvent citée en exemple. Quelle est donc la recette de son succès ?
« C’est la force de notre réseau de partenaires en récupération et en valorisation des produits, avec qui nous avons établi des liens très forts au fil des ans », affirme sans hésiter Jean-François Richard, directeur général de la SOGHU depuis 2024.
Ce groupe est constitué d’une trentaine d’entreprises qui vont chercher les produits sur tout le territoire du Québec et les transforment pour leur donner une deuxième vie. L’organisme a ainsi choisi d’éviter les appels d’offres pour aller vers un modèle ouvert.
« Nous craignions qu’avec les appels d’offres, la qualité du service varie d’une région à une autre, explique celui qui a rejoint l’organisation en 2017. Quelle que soit l’entreprise, nous payons toujours le même prix par litre d’huile récupéré, selon la région. À Montréal, ce prix est de 0,06 $. À Fermont, il est de 0,38 $. C’est affiché sur notre site, et toute entreprise peut travailler avec nous une fois sa conformité vérifiée. »
Ainsi, aucun récupérateur ne détient d’exclusivité sur un territoire. « Si, par exemple, un atelier de mécanique à Brossard n’est pas satisfait du service d’un de nos partenaires en récupération, il peut en choisir un autre actif dans sa région, ajoute Jean-François Richard. Ça maintient une saine compétitivité entre les partenaires. »
Pouvoir compter sur des entreprises performantes pour récupérer et valoriser les produits compte pour beaucoup dans le système de responsabilité élargie des producteurs (REP), aux yeux de Carol Montreuil, président du conseil d’administration de la SOGHU depuis sa création. Celui qui est aussi vice-président pour l’est du Canada de l’Association canadienne des carburants explique que les produits visés par la SOGHU se vendent à un prix un peu plus élevé pour inclure une redevance servant à financer leur récupération et leur valorisation en fin de vie.
« Les entreprises qui mettent en marché ces produits ont donc tout intérêt à maintenir la redevance, assumée par le consommateur, au niveau le plus bas possible, précise-t-il. Les partenaires doivent donc être très efficaces et bien connaître le terrain. »

L’importance du signal de prix
Le fait d’avoir reconnu dès sa création le rôle essentiel de ses partenaires dans la récupération et la valorisation de la matière est l’un des grands mérites de la SOGHU, estime Carol Montreuil. Il souligne toutefois que le signal de prix a largement contribué à bâtir ce réseau à l’échelle du Québec. « L’huile récupérée a une valeur positive sur le marché, précise-t-il. On voit d’ailleurs que si, par exemple, le prix du pétrole chute, c’est difficile pour les partenaires. Il faut toujours s’assurer qu’ils sont capables de faire face au signal de prix pour maintenir les taux de récupération. »
Si le signal de prix est également très bon pour des antigels et des filtres, le défi est plus grand pour le plastique. « Il y a très peu de joueurs dans l’industrie de la valorisation parce que le plastique récupéré doit concurrencer le plastique vierge, et ce n’est pas si facile », remarque-t-il.
Continuer à développer et à renforcer les partenariats
Pour maintenir de hauts taux de récupération, la SOGHU travaille continuellement à renforcer son réseau de partenaires et à l’élargir, tant du côté de la récupération que de celui de la valorisation. En mai dernier, elle a d’ailleurs organisé, à Drummondville, une journée des partenaires pour entretenir les liens.
« Depuis le début, nous organisons un événement avec les partenaires au moins une fois par année, mais cette fois, nous avons complètement revu le concept, indique Jean-François Richard. Différentes présentations étaient au programme, et nous avons parlé des défis de l’industrie. Nous dictons les conditions du marché, alors c’est important de pouvoir discuter avec nos partenaires de ce qui fonctionne bien et de ce qui fonctionne moins bien. »
Les partenaires ont travaillé en ateliers sous différents thèmes, comme la communication et la répartition des routes. « L’objectif est de trouver des solutions ensemble, affirme Mélanie Lefort, directrice administration et partenariats à la SOGHU. C’est vraiment un exercice à faire pour améliorer nos relations d’affaires. »
La SOGHU continue aussi de développer des partenariats. Récemment, pour son plastique contaminé, elle a conclu une entente avec Reworld. Cette entreprise spécialisée en valorisation énergétique approvisionne des entreprises qui utilisent des combustibles pour produire de la chaleur dans leur processus de fabrication, comme des cimenteries.
« Nous devons toujours développer de nouveaux partenariats parce que nous sommes tributaires des aléas du marché. Ça nous prend des plans A, B, C et D », affirme Jean-François Richard.
Les gouvernements peuvent d’ailleurs influencer le marché à cet égard. « Par exemple, en imposant un certain pourcentage de composantes recyclées dans la fabrication de nouveaux produits, précise-t-il. Certains pays en Europe, par exemple, exigent que les fabricants incorporent une part d’huile recyclée dans les nouveaux contenants. On pourrait aussi faire la même chose pour les objets en plastique. Ce genre de politique aide beaucoup l’industrie de la valorisation, puisque les entreprises savent que le marché est là. »
« La SOGHU réussit à surmonter le défi des débouchés, mais c’est un succès fragile, et il faut toujours y travailler. »
— Carol Montreuil, président du conseil d’administration de la SOGHU
Des initiatives pour continuer d’augmenter la récupération
Alors que les taux de récupération des produits de la SOGHU sont très élevés, continuer de les augmenter demande beaucoup d’efforts. Pour y parvenir, l’organisation multiplie les initiatives auprès de ses partenaires et du grand public. L
a campagne Où Bidon et son site Web (oubidon.ca) ont été développés par la SOGHU pour aider les citoyens et les citoyennes à trouver rapidement l’endroit le plus proche de leur résidence où déposer leurs produits d’entretien mécanique. Le Québec compte actuellement 1100 points de dépôt, dont la moitié sont des écocentres, répartis dans toutes les régions. La SOGHU souhaite toutefois continuer à en ajouter.
« Nous faisons toujours de la sensibilisation, affirme Mélanie Lefort, directrice administration et partenariats à la SOGHU, jointe justement alors qu’elle participait au congrès annuel de l’Association minière du Québec. Les entreprises minières, par exemple, travaillent dans des endroits très isolés, utilisent de la machinerie et font des changements d’huile. Nos récupérateurs se rendent jusqu’à elles. »
Ajouter des points de dépôt
L’un des objectifs de la SOGHU est de convaincre davantage d’entreprises déjà desservies par son réseau de récupération de devenir aussi un point de dépôt pour la communauté. « Les entreprises de récupération vont chercher nos produits dans environ 550 écocentres et 11 500 entreprises partout au Québec, indique Jean-François Richard, directeur général de la SOGHU. Pourtant, seulement 550 commerces et industries acceptent aussi les produits du public. Nous souhaitons en recruter 900 de plus pour atteindre 2000 points de dépôt au Québec. »
Une telle expansion permettrait à la fois de réduire les distances à parcourir et de rendre le service plus accessible. « Par exemple, il arrive qu’un écocentre atteigne sa capacité maximale et ne puisse plus accepter de produits, indique-t-il. L’idée, c’est de répartir l’effort entre plusieurs joueurs. »
Pour atteindre cet objectif, la SOGHU collabore notamment avec de grands concessionnaires et ateliers de mécanique afin d’encourager leurs franchisés à rejoindre le mouvement.
Poser des gestes consciencieux
La SOGHU travaille aussi à sensibiliser la population afin d’assurer que tout se déroule rondement dans les points de dépôt. « Par exemple, on ne laisse pas ses produits devant la porte d’un commerce en dehors de ses heures d’ouverture, indique Mélanie Lefort. C’est préférable aussi de rapporter ses produits régulièrement pour éviter d’en accumuler une grande quantité et de surcharger les installations. »
Il faut aussi faire très attention à la façon dont on rapporte ses produits pour éviter les mélanges et les risques de contamination. « C’est très important de ramener l’huile dans son contenant d’origine. Idéalement, lorsqu’on fait un changement d’huile, on conserve le bidon vide en prévision du prochain dépôt », explique-t-elle.
Il y a aussi de la conscientisation à faire auprès des partenaires. C’est dans cette optique que l’École SOGHU a été créée en collaboration avec Solution Santé Sécurité – Solution Mutuelles. Leur plateforme de formation en santé et sécurité en ligne proposera différentes capsules vidéo. « Les employés des écocentres manipulent nos produits et doivent le faire de façon sécuritaire en évitant la contamination, indique Mélanie Lefort. Nous couvrons un grand territoire. Les capsules vidéo nous sont apparues comme la meilleure façon de bien outiller nos partenaires, où qu’ils soient. Nous avons bon espoir que nos efforts pour améliorer les pratiques dans les points de dépôt permettront, au bout du compte, de continuer d’améliorer nos taux de récupération. »
Le chemin parcouru depuis les débuts de la SOGHU, en 2005, est déjà considérable. Jean-François Richard se souvient que lorsqu’il a commencé à travailler dans les garages en 2002, certains envoyaient les contenants à l’enfouissement parce que le recyclage était à leurs frais. « Maintenant, ils n’ont qu’à demander un bac, puis le récupérateur passe le vider. C’est un souci de moins pour eux », précise-t-il.
« À l’époque, les gens jetaient leur huile à moteur usée n’importe où, se souvient Carol Montreuil, président du conseil d’administration de la SOGHU. Pour sensibiliser la population, on diffusait des publicités rappelant qu’un litre d’huile peut polluer jusqu’à un milliard de litres d’eau par la nappe phréatique. Nous sommes très fiers de voir à quel point la situation a évolué, et nous continuons le travail. »
« Les entreprises minières, par exemple, travaillent dans des endroits très isolés, utilisent de la machinerie et font des changements d’huile. Nos récupérateurs se rendent jusqu’à elles. »
— Mélanie Lefort, directrice administration et partenariats à la SOGHU
Qu’arrive-t-il avec les produits récupérés par la SOGHU ?
Les huiles à moteur, leurs contenants, les lubrifiants en aérosol et leurs filtres forment la deuxième famille de produits à avoir été visée par la responsabilité élargie des producteurs au Québec, après les peintures et leurs contenants en 2001. Cette réglementation a mené à la création, en 2004, de la Société de gestion des huiles usagées l’organisme de gestion reconnu par RECYC-QUÉBEC pour veiller à la récupération et à la valorisation de ces produits en fin de vie. La SOGHU a commencé ses activités en 2005. En 2012, les antigels, leurs contenants et les nettoyeurs à freins en aérosol ont été ajoutés à la liste. Mais que deviennent exactement ces produits une fois récupérés ? Le directeur général de la SOGHU, Jean-François Richard, un amoureux du domaine de l’automobile et ancien mécanien devenu comptable professionnel agréé (CPA), explique.
Huiles usagées Taux de récupération :
85 % (cible : 75 %) 64 millions de litres récupérés en 2025
« La grande majorité des huiles récupérées est acheminée par camion-citerne vers l’usine de Saint-Hyacinthe de GFL Environmental, qui y a racheté les installations de Veolia en janvier dernier, explique-t-il. L’entreprise regénère ces huiles pour en produire de nouvelles, notamment afin d’approvisionner les bateaux de type cargo. Le reste est utilisé pour sa valeur énergétique, par exemple pour chauffer les serres en hiver et pour fabriquer de l’asphalte pendant l’été. »
Filtres Taux de récupération :
83 % (cible : 75 %) 9 millions d’unités récupérées en 2025
« Les filtres sont eux aussi acheminés à l’usine de Saint-Hyacinthe de GFL Environmental. Ils sont triés sur un convoyeur, puis pressés pour en extraire un maximum d’huile, explique Jean-François Richard. Cette huile représente de 30 à 40 % de leur poids. La cartouche d’acier est pour sa part revendue à un ferrailleur. »
Glycol (antigels) Taux de récupération :
54 % (cible : 25 %) 4 millions de litres récupérés en 2025
« Le glycol est acheminé à Raffineries de Napierville, qui appartient à Recochem, où il est réintroduit dans la fabrication de nouveaux produits, indique Jean-François Richard. Si son taux de récupération est plus bas que l’huile, c’est parce que son cycle de vie est plus long. Souvent, ce ne sera pas changé avant 10 ans, donc on perd beaucoup de glycol, par exemple lors d’accidents et par l’exportation de véhicules. Le gouvernement a tenu compte de cette réalité en fixant la cible de récupération. »
Contenants Taux de récupération :
86 % (cible : 75 %) 46 millions de litres récupérés en 2025 « Une grande partie des contenants est envoyée à notre partenaire RPM eco, à Blainville, spécialisé dans le recyclage du polyéthylène haute densité contaminé. Ce plastique résistant est recherché sur le marché. L’entreprise le réduit en flocons, le nettoie, l’assèche et le revend en flocons à des fabricants qui les incorporent à de nouveaux produits de plastique, comme des tuyaux de drainage. L’autre partie est dirigée vers notre nouveau partenaire Reworld, une entreprise spécialisée en valorisation