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Recycler le béton pour bâtir l’avenir

Par Florimond Delobel

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Le béton est le matériau le plus utilisé dans le monde. Indispensable à nos infrastructures, il est aussi responsable d’une part importante des émissions de gaz à effet de serre, notamment à cause du ciment, le liant essentiel à sa fabrication. Si les efforts de décarbonation se concentrent principalement sur ce composant, c’est qu’à lui seul, le ciment représenterait près de 8 % des émissions anthropiques mondiales de CO2 et serait responsable de 80 à 90 % de l’empreinte carbone du béton, selon les formulations utilisées. Mais une autre voie suscite un intérêt croissant : l’utilisation de granulats de béton recyclé (GBR).

Les GBR proviennent principalement de la démolition de structures en béton. Ils sont composés de granulats naturels qui entraient dans la composition du béton d’origine et d’une partie de la pâte de ciment durcie qui y demeure attachée.

Une ressource abondante encore sous-exploitée

Avec le renouvellement des infrastructures et la densification urbaine, les gisements de GBR sont appelés à croître. Selon RECYC-QUÉBEC, à l’heure actuelle, les chantiers de construction, de rénovation et de démolition génèrent chaque année environ 3,3 millions de tonnes de résidus au Québec, dont une part importante est constituée de granulats.

À elle seule, la Montérégie produit près de 75 000 tonnes de granulats recyclés par année. Pourtant, seule la moitié de cette matière est valorisée dans des applications non structurales, comme les couches de fondation routière, les remblais, les sous-fondations ou les aménagements paysagers.

Pourquoi s’y intéresser ?

La valorisation des GBR présente de nombreux avantages. Elle réduit l’exploitation des ressources naturelles et les répercussions sur les paysages, la biodiversité et les nappes phréatiques. Elle contribue également à diminuer les volumes de résidus envoyés à l’enfouissement, avec des bénéfices tant environnementaux qu’économiques.

L’utilisation des GBR s’inscrit donc pleinement dans une logique d’économie circulaire, où les matériaux demeurent dans le cycle de production. Dans cette perspective, le béton n’est plus considéré comme un déchet, mais comme une ressource.

Cependant, leur valorisation est aujourd’hui marginale. La variabilité de leurs propriétés et certaines contraintes normatives en limitent l’utilisation dans des applications à plus forte valeur ajoutée. Il devient donc nécessaire de développer de nouveaux marchés pour stimuler leur utilisation et limiter leur enfouissement.

Le défi : réutiliser le béton dans le béton

Parmi les avenues prometteuses figure l’utilisation des GBR comme substitut aux granulats naturels dans la fabrication de nouveau béton. Cette approche pose tout de même certains défis. Les GBR présentent généralement une porosité plus élevée et une variabilité des sources. Ils peuvent aussi contenir d’anciens liants (fines). Ces caractéristiques peuvent influer sur la durabilité ou la résistance du béton lorsqu’elles ne sont pas maîtrisées adéquatement.

Des avancées encourageantes

À l’international, plusieurs initiatives démontrent qu’il est possible de surmonter ces défis. En France, le projet national RECYBÉTON a mené des essais à grande échelle pour mieux comprendre le comportement des GBR dans différentes formulations. Les résultats ont mené à des propositions de modification des protocoles normatifs afin de faciliter leur intégration.

Plus récemment, certaines entreprises ont développé des procédés de traitement permettant de produire des GBR dont les propriétés se rapprochent de celles des granulats naturels, notamment grâce à l’élimination d’une partie de la pâte de ciment résiduelle.

Au Canada, la réglementation évolue également. La norme CSA autorise désormais l’utilisation de GBR dans le béton, ouvrant la voie à une adoption plus large. Au Québec, des travaux sont en cours afin d’adapter les cadres réglementaires et de soutenir le déploiement de ces pratiques. Plusieurs acteurs de l’industrie manifestent un intérêt croissant pour ces solutions. Certains producteurs sont même prêts à offrir des formulations de béton intégrant des GBR lorsque la demande se présente.

D’autres pistes de valorisation

Au-delà du recyclage des bétons issus de la démolition, les retours de béton frais représentent eux aussi une occasion intéressante de valorisation. Plutôt que d’être jetés, ils peuvent être concassés ou transformés à l’aide d’adjuvants spécifiques afin de produire de nouveaux granulats. Cette approche permet d’agir directement à la source des pertes.

Des applications innovantes émergent également dans le domaine de l’impression 3D du béton. En intégrant des GBR à ces procédés, il est possible de réduire davantage l’empreinte carbone des constructions tout en valorisant des matériaux qui auraient autrement été perdus. En Europe, des projets pilotes ont déjà démontré la faisabilité d’un remplacement total du squelette granulaire par du sable recyclé dans certaines formulations imprimables.

Créer les conditions du changement

Plusieurs leviers peuvent être activés pour améliorer le taux de valorisation des granulats recyclés : normaliser les pratiques de tri et de traitement afin d’assurer une qualité constante des matériaux, encourager leur utilisation au moyen d’incitatifs réglementaires ou financiers, et intégrer des critères de contenu recyclé dans les appels d’offres publics.

La sensibilisation des acteurs de la chaîne de valeur – ingénieurs, entrepreneurs, donneurs d’ouvrage – est essentielle. Plus les GBR seront connus, mieux leurs performances seront comprises et plus leur adoption deviendra naturelle. Il importe donc de soutenir la recherche et l’innovation, qui contribueront à lever les freins techniques et à développer de nouvelles applications.

Les GBR représentent une solution concrète, accessible dès aujourd’hui, pour réduire l’empreinte environnementale du secteur de la construction. En combinant innovation, réglementation adaptée et mobilisation des acteurs, ils peuvent devenir l’un des piliers d’un béton plus durable.

Source : Circular Wallonia

https://ecosysteme-economiecirculaire.wallonie.be/publication/utilisation-de-granulats-de-beton-recycles-dans-le-beton

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