Satisfaction et optimisme : voilà ce que j’ai ressenti à la lecture du dossier sur la Société de gestion des huiles usagées (SOGHU), qui dépasse largement les cibles imposées par le gouvernement du Québec. Elle est souvent citée en exemple parmi les organismes de gestion reconnus (OGR) par RECYC-QUÉBEC dans le système de responsabilité élargie des producteurs (REP). Alors que d’autres OGR accaparent l’attention médiatique pour les mauvaises raisons, ce succès fait du bien.
Et si on s’en servait pour influencer le reste du système de REP ? Jetons d’abord un coup d’œil aux ingrédients de la recette gagnante.
Bien sûr, il y a une question de temps : la SOGHU a commencé ses activités il y a plus de vingt ans, en 2005. Elle a fait des essais et des erreurs. Elle a surtout eu le temps de bien s’implanter dans la province en développant son réseau de partenaires, qu’elle laisse travailler en libre marché, ce qui me semble une excellente idée. Je trouve qu’il y a des éléments inspirants dans ce modèle d’affaires pour les autres REP.
Mais négliger la nature de la matière collectée serait comme juger un sandwich sans regarder ce qu’il contient. Comme les différents intervenants l’expliquent dans le dossier, le succès de la SOGHU repose d’abord et avant tout sur la valeur positive de l’huile à moteur sur le marché. On l’utilise pour fabriquer de la nouvelle huile qui est vendue à son tour avec profit.
On comprend d’ailleurs que le recyclage est plus difficile pour le plastique des contenants, même lorsqu’il s’agit de polyéthylène haute densité, un matériau qui conserve pourtant une certaine valeur sur le marché. Peu d’entreprises le transforment.
Qu’est-ce que cela signifie exactement ? Q’une partie de cette matière est plutôt vendue à des industries qui l’utilisent comme combustible pour répondre à leurs importants besoins de chaleur, notamment dans la production de ciment et d’asphalte. Hummm… vous faites la grimace, n’est-ce pas ?
La valorisation n’est pas toujours bien perçue dans notre société. Même si, dans ce cas-ci, elle permet d’éviter de brûler de la matière vierge pour produire de la chaleur. On aimerait tous que les produits récupérés soient recyclés dans une véritable perspective d’économie circulaire. C’est noble ! Le problème ? Très souvent, il n’existe pas de marché pour ces matières ou pour les produits qui en sont issus.
On peut récupérer et trier à la perfection. On peut même réparer et remettre à neuf. Mais si, après tout, personne ne veut du produit, on en fait quoi ? J’ai déjà eu cette discussion avec Jules Foisy Lapointe, directeur général de GoRecycle, l’OGR responsable des appareils réfrigérants et de climatisation domestique. Son équipe a travaillé très fort ces dernières années pour créer le programme GoRéemploi. Des partenaires inspectent les appareils, effectuent les réparations nécessaires et offrent une garantie à l’acheteur. Quelle belle initiative, on adore ! Son principal défi ? Trouver preneur. Les consommateurs boudent ces appareils, non pas parce qu’ils sont défectueux ou moins performants, mais parce qu’ils sont usagés. C’est un blocage de nature sociale. Ils préfèrent le neuf.
Que faire devant ce constat ? Si tout dépend des marchés, alors il faut en créer pour les matières recyclées. Pour y arriver, les gouvernements ont certainement un rôle important à jouer. Leurs immeubles de bureaux, hôpitaux, écoles et centres sportifs représentent un énorme marché. Si l’économie circulaire est réellement une priorité, elle doit se refléter dans les appels d’offres publics. Ceux-ci devraient favoriser systématiquement les matières et les produits recyclés, du plastique qu’on utilise pour fabriquer le mobilier des parcs aux réfrigérateurs installés dans les écoles, en passant par les ordinateurs fournis aux fonctionnaires.
Or, comme le répète souvent mon ami Grégory Pratte, vulgarisateur environnemental, « le gouvernement est loin d’être exemplaire comme donneur d’ordres. »
Il faut que ça change. C’est une question de cohérence. Il faut davantage mettre l’accent sur les débouchés ici, au Québec. Le gouvernement provincial a mis en place le système de REP. Il a maintenant l’occasion de lui donner un véritable coup de pouce en créant ou en renforçant les marchés pour les matières et les produits recyclés. Parce qu’en imposant la récupération de la matière sans développer les autres maillons de la chaîne, on risque de rester dans l’utopie. En prenant ce virage, on pourrait célébrer, j’en suis convaincu, le succès de plusieurs autres OGR et, plus largement, celui du système de REP au Québec