Au cours de l’été 2025, le ministère de l’Environnement, de la Lutte aux changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) publiait un communiqué annonçant ses intentions quant à la valorisation des sols contenant de l’amiante. Fort de l’expertise de son secteur Sols et eaux souterraines, Réseau Environnement s’est lancé dans la conception d’un cadre amélioré pour la valorisation de ces sols, pour lesquels une approche claire et définitive n’existe toujours pas au Québec. Cette chronique est l’occasion de présenter le fruit de nos 10 recommandations phares, mais surtout d’apporter un nouvel éclairage sur cet enjeu et sur les raisons de le ramener au cœur des discussions en environnement.
Des minéraux répandus, un encadrement à définir
Le terme « amiante » englobe six minéraux naturels fibreux divisés en deux groupes : les serpentines et les amphiboles. Longtemps utilisé pour ses propriétés calorifuges et isolantes, l’amiante a été interdit pour des raisons de santé publique en 2018 (Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail, 2024).
À la demande du ministre, Benoit Charrette en 2020, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) réalise un état des lieux portant sur la gestion de l’amiante et des résidus miniers amiantés. Le constat du rapport est clair : l’amiante est largement répandu dans nos infrastructures et nos milieux et insuffisamment encadré pour assurer une gestion concertée des résidus autant dans nos sols et nos routes que dans nos bâtiments, entre autres. (BAPE, 2020).
Une réalité propre au Québec
Quant à savoir de quelle façon organiser le tout, comment bâtir un cadre réglementaire adapté, la réponse demeurait floue. Contrairement à la majorité des États qui se sont penchés sur la question, le Québec présente une particularité qui oriente l’approche à privilégier : son important passé d’exploitation minière de l’amiante, qui a laissé des régions comme Thetford Mines ou Val-des-Sources avec une forte dissémination dans les sols. L’enjeu ne se limite pas aux infrastructures, comme dans d’autres pays occidentaux, mais touche directement les terres, en raison de contaminations anthropiques liées à l’activité minière ou à une présence naturelle (Wolfe, 2025). C’est sur ce volet de la présence de l’amiante dans les espaces de vie que Réseau Environnement propose des conditions pour la valorisation de ces sols.
Un cadre actuel limité
À l’heure actuelle, les sols amiantés sont gérés par le MELCCFP à travers la réglementation sur les sols contaminés, avec très peu d’options quant à leur valorisation et à leur gestion. Deux scénarios sont possibles :
1. Les sols contenant moins de 0,1 % d’amiante, selon une analyse réalisée conformément aux dispositions de l’article 69.5 du Règlement sur la santé et la sécurité du travail (S-2.1, r. 13), peuvent servir de recouvrement dans un lieu d’enfouissement autorisé en vertu du Règlement sur l’enfouissement et l’incinération de matières résiduelles (Q-2, r. 19).
2. Les sols contenant de l’amiante, détecté par cette analyse ou par une autre méthode plus précise, peu importe la concentration, peuvent être acheminés vers une aire d’accumulation de résidus miniers amiantés et utilisés à des fins de restauration minière, conformément aux conditions et restrictions d’une autorisation ministérielle délivrée en vertu de l’article 22 de la Loi sur la qualité de l’environnement (LQE; Q-2) (Réseau Environnement, 2025).
La question se pose alors : pourquoi revoir les dispositions en matière de gestion des sols amiantés? Actuellement, ces sols doivent être acheminés vers des sites de valorisation, soit des aires d’accumulation de résidus miniers amiantés. Or, ces sites sont souvent éloignés des lieux où les sols amiantés se trouvaient à l’origine, ce qui entraîne des risques environnementaux et sanitaires associés à l’excavation et au transport, en plus de poser des enjeux de capacité liés aux solutions d’enfouissement. Dans une perspective de circularité, il apparaît prioritaire de revoir la réhabilitation de ces terrains et, surtout, de favoriser une gestion de proximité, à travers des sites locaux autorisés et des pratiques de gestion in situ (BAPE, 2020; MELCCFP, 2025; Observatoire national de l’amiante, 2025; Réseau Environnement, 2025; Wolfe, 2025).
Vers une stratégie en deux étapes
Un changement d’approche ne peut toutefois se faire rapidement, puisqu’il doit tenir compte des préoccupations de santé publique associées à la gestion de ces minéraux. Dans son mémoire, Réseau Environnement propose donc une stratégie en deux étapes :
1. Valoriser les sols amiantés selon le cadre réglementaire en vigueur et les recommandations du MELCCFP, tout en améliorant les modes de gestion sur les chantiers. 2. Réaliser des études sur la dispersion de l’amiante dans l’environnement en fonction des pourcentages, en collaboration avec le MELCCFP et la CNESST, afin d’élaborer des critères d’analyse adaptés et ainsi en faire le traitement ou trouver d’autres modes de gestion.
2. Réaliser des études sur la dispersion de l’amiante dans l’environnement en fonction des pourcentages, en collaboration avec le MELCCFP et la CNESST, afin d’élaborer des critères d’analyse adaptés et ainsi en faire le traitement ou trouver d’autres modes de gestion.
En mettant de l’avant les principes de précaution et de coordination réglementaire, Réseau Environnement propose une approche de gestion sur site des sols amiantés. Il recommande de revoir les conditions de dépôt et de valorisation pour limiter les déplacements et accélérer la réhabilitation, en gardant en tête que l’amiante, contaminant non mobile, se diffuse peu. Notre organisation insiste aussi sur la nécessité d’un cadre réglementaire clair et précis, accompagné de lignes directrices solides, tant pour les restrictions liées à la valorisation que pour la caractérisation des sols (MELCCFP, 2023; Réseau Environnement, 2025).
Bref, Réseau Environnement vous invite à revisiter cet enjeu propre à l’écosystème québécois, encore trop méconnu, à travers son mémoire, Par ses travaux, notre organisation souhaite amorcer une réflexion technique, mais également lancer un appel à la collaboration entre les parties prenantes – MELCCFP, Santé publique, CNESST, milieu de la recherche, etc. – pour développer ensemble des solutions afin de gérer de manière efficiente, efficace et sécuritaire un contaminant présent dans nos infrastructures et nos paysages québécois, pour favoriser le bien-être de nos communautés et de nos écosystèmes.
Bibliographie
Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). (2020). L’état des lieux et la gestion de l’amiante et des résidus miniers amiantés (Rapport d’enquête et d’audience publique no 351). https://voute.bape.gouv.qc.ca/dl?id=00000156531
Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail (2024). Amiante – Qu’est-ce que c’est ?, Gouvernement du Canada. https://www.cchst.ca/oshanswers/chemicals/asbestos/whatis.html
Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (2023). Plan d’action 2023-2029 de la Politique de protection des sols et de réhabilitation des terrains contaminés.
https://www.environnement.gouv.qc.ca/ sol/terrains/politique/plan-action-2023-2029-politique-protection-sols-rehab-terrain.pdf
Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (2025). Lignes directrices pour la valorisation des sols contaminés : Version 2.
Observatoire national de l’amiante (2025). Bulletin de veille scientifique : 2 e édition.
https://observatoireamiante.ca/wp-content/uploads/2025/07/Bulletin_veille_ONA_ juin2025_VF.pdf
Réseau Environnement (2025). Orientation pour la valorisation des sols contenant de l’amiante. https://www.reseau-environnement.com/web/content/44168? unique=f4c6262937b65161a928ca72c3c870c8fbff5f0a&&access_token=dccbabd5-7 8ae-44f8-935e-222f7fe1058b
Wolfe, M. (2025). Gestion des sols et des remblais contenant de l’amiante. Observatoire national de l’amiante.
https://observatoireamiante.ca/wp-content/uploads/2025/04 Avis_Sols_Contamines_Observatoire_national_amiante.pdf


