Sur le radarOde au réemploi, version documentaire

Ode au réemploi, version documentaire

Par Marie-France Létourneau, Collaboration spéciale

Vivement intéressé par le réemploi et ses avantages à la fois économiques, sociaux et environnementaux, le directeur photo Dominic Simard a produit son premier documentaire, La Richesse des ordures, afin d’éveiller les consciences. Et il semble avoir atteint sa cible.

Lancé au printemps 2025, le film de 50 minutes n’est pas passé inaperçu. Au moment d’écrire ces lignes, le documentariste de Saint-Jérôme est en négociation avec trois télédiffuseurs. « Je me suis retrouvé avec un beau problème : j’ai trois offres », affirme-t-il.

Les projections organisées, entre autres aux écocentres MRC Rivière-du-Nord ainsi qu’au cinéma Beaubien, à Montréal, ont fait salle comble. Faute de places, certaines personnes ont même choisi de rester debout lors de l’avant-première à Saint-Jérôme, et ce, tant pour la projection que pour la discussion qui a suivi. 

« On dirait qu’on est dans un mouvement en ce moment, estime Dominic Simard. On entend beaucoup parler d’environnement et on voit que les priorités ne sont pas toujours à la bonne place. » 

Parmi les pires erreurs commises, selon le réalisateur : consommer, voire surconsommer, et jeter tous azimuts. « Tout ce qui est jeté entraîne de l’énergie et des coûts importants, entre autres pour l’enfouissement, dit-il. Il est pourtant possible de générer des revenus à partir de ces “déchets” pour favoriser des causes sociales et environnementales. »

« On dirait qu’on est dans un mouvement en ce moment, estime Dominic Simard. On entend beaucoup parler d’environnement et on voit que les priorités ne sont pas toujours à la bonne place. »

Pas moralisateur

Pour véhiculer son message, Dominic Simard choisit de mettre l’accent sur la réflexion et les solutions. « Je ne voulais pas avoir un ton moralisateur », laisse-t-il tomber.

La part belle est ainsi faite aux organismes qui misent sur la récupération et la revalorisation, à commencer par l’écocentre de Saint-Jérôme. Celui-ci tient une boutique de réemploi d’une ampleur assez unique au Québec. Elle permet à la population d’acheter des biens à moindre coût, des accessoires de cuisine aux articles de sport en passant par les outils et les jouets.

« Pierre Bruyère [directeur général du développement durable de la MRC Rivière-du-Nord] fait bouger les choses, affirme Dominic Simard. C’est un homme inspirant. »

Le modèle de Saint-Jérôme devrait être reproduit partout, croit également le vulgarisateur en environnement Grégory Pratte. Ce dernier est l’un des intervenants à qui la parole est donnée dans le documentaire. Même chose pour l’auteur du livre Ordures : journal d’un vidangeur, Simon Paré-Poupart, que l’on voit s’affairer au pas de course derrière le camion à ordures. 

Ces deux rencontres et les discussions enrichissantes qui en ont découlé font d’ailleurs partie des « belles surprises » recensées par le documentariste. L’expérience respective de ces deux intervenants leur permet de poser un regard éclairé et éclairant sur le sujet, dit-il.

La Richesse des ordures s’attarde également au travail des Repair Cafés, ces ateliers de quartier gratuits et ouvertS à tous où des bénévoles aident ceux qui le désirent à réparer leurs objets en panne ou cassés. Il y a plus de 3 000 Repair Cafés dans le monde, disséminés dans 15 pays. Notre province en compte quelques-uns.

« Notre mission, c’est de nous assurer que les objets sont réparés et qu’ils ne finissent pas au site d’enfouissement », explique un réparateur bénévole de Montréal. S’il n’en tient qu’à Dominic Simard, les initiatives du genre devraient se multiplier à plus grande échelle.

À qui donne-t-on réellement ?

Autre réflexion suscitée par le documentaire : à qui profitent vraiment les vêtements déposés par la population dans les boîtes de dons qu’on retrouve par-ci par-là ? À la communauté locale ou à de grandes entreprises anonymes en quête de profits, qui envoient parfois ces vêtements à l’autre bout de la planète ?  

La première option devrait être privilégiée. « Donner à la communauté permet d’atteindre plusieurs buts, constate Dominic Simard. Ça peut, par exemple, donner un coup de main aux banques alimentaires et permettre des initiatives de réinsertion sociale. »

En ce sens, l’apport des ressourceries est essentiel, démontre-t-il également. Il en va de même pour les organismes à but non lucratif comme Mine urbaine, à Laval, qui travaille à la diminution de l’enfouissement des matières par la valorisation des encombrants. 

Dominic Simard croit que le terreau est plus fertile que jamais pour que le message porté par La Richesse des ordures puisse s’enraciner. Les friperies sont plus nombreuses, et les applications pour acheter seconde main ont la cote. « Ça contribue à démocratiser les biens usagés, estime-t-il. Les perceptions changent. »

L’idée de produire un documentaire sur le sujet lui est d’ailleurs venue après avoir réalisé que son quotidien est constitué de plusieurs meubles, objets ou accessoires acquis usagés ou trouvés abandonnés sur le bord de la rue. Il fréquente également depuis longtemps l’écocentre de Saint-Jérôme.

Budget limité

Le genre du documentaire n’est pas nouveau pour Dominic Simard. À la barre de Boîte Noire Production, il gagne sa vie comme directeur photo sur différents projets de ce type. Il dit être particulièrement interpellé par les initiatives à caractère social et environnemental.  

C’est cependant la première fois qu’il réalise son propre film. Il a travaillé avec un budget limité – essentiellement une bourse de 20 000 $ obtenue du Conseil des arts et des lettres du Québec dans le cadre d’une entente de partenariat territorial. Il porte, de ce fait, plusieurs chapeaux : producteur, réalisateur, caméraman et monteur, pour ne nommer que ceux-là.

Le travail s’est échelonné sur environ un an. Dominic Simard a souhaité en faire une œuvre bien personnelle. Pour ne pas être influencé ni teinter sa démarche, il a d’ailleurs attendu que tout soit terminé avant de présenter le fruit de son travail à ses proches. 

La Richesse des ordures pourrait être un tremplin pour son réalisateur, qui affirme avoir plusieurs projets en tête. Chose certaine : le documentaire n’a pas fini de rayonner et de porter son message. Il a été soumis à quelques festivals, et des établissements d’enseignement ont manifesté de l’intérêt à le diffuser.

« Après, on verra, lance Dominic Savard. Est-ce qu’il y a place à ce qu’il soit aussi vu par des gens en France ? Peut-être qu’il pourra voyager ailleurs, même si ce n’était pas mon but premier. Je suis déjà très heureux qu’il y ait de l’engouement pour ce premier film et de l’intérêt de télédiffuseurs. Ça prouve que le sujet est dans l’air du temps et propice à ouvrir la discussion. »

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