En décembre dernier, Matrec, une division de GFL Environmental, commençait à exploiter son centre de tri fraîchement modernisé dans le quartier industriel Payer de l’arrondissement Saint-Hubert, à Longueuil. À la fine pointe de la technologie, il se classe même en tête de liste au pays.
Le défi était de taille : construit en 1991, il s’agit du premier centre de tri mécanisé construit au Québec. Il dessert près d’un million de personnes en Montérégie, dont toute la population de Longueuil.
« Matrec-GFL a une excellence opérationnelle avec les centres de tri qu’elle construit et exploite au Canada, affirme Richard Mimeau, vice-président, affaires publiques et développement durable chez Matrec-GFL. Éco Entreprises Québec (ÉEQ), qui gère la collecte sélective dans la province, a mis des standards très élevés, alors nous y avons répondu. Puis, tant qu’à investir dans la technologie, on a choisi les équipements de tri les plus avancés. »
Le pré-tri
Lorsque le camion arrive avec tous les contenants, emballages et imprimés collectés dans les bacs de recyclage laissés en bordure de rue, une première étape de contrôle qualité est effectuée. Des employés, au sol, s’assurent que la matière provient bien de la collecte sélective. L’objectif est d’éviter que des matières indésirables brisent les équipements ou mettent le personnel en danger.
Le matériel est ensuite mis sur la ligne de traitement. Il passe sur des vis surdimensionnées qui tournent sans fin et qui retiennent seulement les objets de grande dimension, lesquels seront dirigés vers la station de pré-tri.
« Ainsi, c’est seulement environ10 % de la matière environ qui passera sous les yeux de travailleurs disposés de chaque côté du convoyeur, qui enlèveront la matière considérée comme des contaminants, comme un deux-par-quatre, une tondeuse, une bonbonne de propane, tout ce qu’on peut imaginer qui peut se retrouver là », explique Sara-Emmanuelle Dubois, directrice des opérations régionale, Recyclage, chez Matrec-GFL.
Avant, toute la matière passait à travers ce processus. « Les travailleurs devaient fouiller, tasser des choses, ils pouvaient mettre la main sur du verre cassé, toucher à une seringue, etc., raconte-t-elle. Le processus est maintenant beaucoup plus efficace et sécuritaire. »
Des machines intelligentes… Québécoises !
Vient ensuite la séparation des fibres et des contenants. Cette étape cruciale se fait grâce à une combinaison d’équipements mécaniques et de trieurs optiques. « C’est ça, le secret, affirme Mme Dubois. Donc, le carton et le papier vont d’un côté, puis les contenants vont de l’autre. Ensuite, des trieurs optiques sont programmés uniquement pour les fibres et vont les séparer selon leur type. C’est la même chose avec les contenants, par exemple en plastique numéro 1, 2 ou 3, etc. »
Ces machines optiques peuvent trier jusqu’à 600 articles la minute grâce à l’intelligence artificielle. « Elles sont arrivées déjà un peu entraînées parce que nous avons fait affaire avec Machinex [située à Plessisville], qui avait déjà fait quelques centres de tri, mais nous avons continué, ajoute-t-elle. Il s’agit vraiment d’apprendre à la machine avec des images que ceci, par exemple, est du plastique numéro 1, même si la bouteille est déformée. »
Parfois, Matrec a dû apprendre des choses plus complexes aux machines, comme lorsque du textile se retrouve dans le recyclage. « Le nylon s’apparente beaucoup à ce qu’on retrouve dans les bouteilles de plastique numéro 1. Alors, le trieur optique envoyait souvent des morceaux de rideau ou des pantalons avec les bouteilles en plastique numéro 1, raconte-t-elle. Il a fallu lui apprendre qu’il devait détecter la forme de la bouteille et le matériau pour que ce soit envoyé avec les bouteilles en plastique numéro 1. »
Matrec, qui compte près de 1 300 employés dans la province, est d’ailleurs très fière d’avoir acheté de l’équipement québécois. « Nous avions choisi aussi Machinex pour notre centre de tri de Montréal-Est, précise Richard Mimeau. Et même pour notre centre de tri de matériaux de construction, nous avions choisi Sherbrooke O.E.M. C’est important pour nous d’encourager ce qui se fait au Québec, et il y a d’ailleurs sur le territoire de très bons fournisseurs dans le domaine. »
La collaboration essentielle des autorités municipales
Les machines apprennent vite, semble-t-il. Il n’en demeure pas moins qu’il y avait énormément d’équipements à mettre en service en même temps. Le contrat de Matrec avec ÉEQ à Saint-Hubert commençait le 2 janvier 2026. Les travaux de rénovation, amorcés en avril 2025, ont été achevés en sept mois, ce qui a permis à l’entreprise de commencer les tests au début décembre 2025 – soit avant la folie des fêtes – tout en formant ses employés.
Cela n’aurait pas été possible sans la collaboration de la Ville de Longueuil. « Nous avons agrandi un peu et, pour pouvoir le faire, nous avions besoin de permis, précise Richard Mimeau. Lorsque nous avons eu le contrat d’ÉEQ, nous sommes allés rencontrer la mairesse et son équipe, qui nous ont assuré qu’elles travailleraient avec nous pour que nous puissions remplir nos obligations envers ÉEQ. Elles ont tenu parole. »
Il a senti que l’administration municipale croit en l’économie circulaire. « Souvent, les gens veulent qu’on protège l’environnement, mais ils ne veulent pas de site avec, par exemple, un centre de tri à côté de chez eux. Ça prend des leaders pour faire comprendre à la population que tout le monde doit apporter sa contribution. »
Pendant sa rénovation, le centre de tri de Saint-Hubert a été fermé et la matière était envoyée dans celui que Matrec venait de construire à Montréal-Est. « La mairesse et son équipe, qui sont venues visiter nos nouvelles installations le 26 janvier avec la présidente-directrice générale d’Éco Entreprises Québec, nous ont dit qu’elles ne s’étaient même pas rendu compte que le site avait été fermé pendant sept mois, rigole M. Mimeau. Cela signifie que nous avons vraiment bien fait notre travail de continuer à bien desservir la population. »
Un plancher de production complètement transformé
Pouvant traiter jusqu’à 105 000 tonnes par année, le centre de tri de Saint-Hubert n’a plus rien à voir avec ce qu’il était avant. Le contrôle de la production a été complètement sorti du plancher pour s’installer dans une salle technologique.
« C’est un peu comme une tour de contrôle dans un aéroport, constate Sara-Emmanuelle Dubois. Les employés peuvent voir sur leur écran le schéma de l’usine et chaque machine, avec sa température et ce qu’elle est en train de trier. Si l’une s’arrête, l’employé voit la raison de l’interruption et peut dépêcher l’équipe de maintenance ou un responsable des blocages. »
C’est tout le style de gestion qui a été révolutionné. Terminée, l’époque où le superviseur se promenait dans le centre de tri en prenant des notes. Maintenant, les ballots sont comptés automatiquement, et tout est compilé dans un tableau de bord.
« J’ouvre mon téléphone, mentionne la directrice régionale des opérations et je vois combien de ballots ont été faits pour une période donnée, etc. Je vois le niveau d’efficacité, le nombre d’arrêts. Avant, pour avoir ces informations, je devais attendre la feuille de production, avec le risque d’erreurs humaines que cela suppose. »
Les avancées technologiques changent aussi complètement les conditions de travail des employés. « On est ailleurs, mentionne celle qui a commencé à travailler dans le domaine en 2008. Avant, la responsabilité du tri leur incombait. Maintenant, ils font plus un contrôle qualité. Ils corrigent les erreurs au besoin. »

Le virage de l’IA continue
La rénovation du centre de tri de Saint-Hubert marque un grand pas vers l’adoption de l’IA. Mais Matrec-GFL, qui compte 18 000 employés en Amérique du Nord, voit beaucoup plus loin. L’entreprise est en train de déployer l’IA dans toutes ses activités.
Déjà, les trajets des camions sont optimisés par l’IA. Les camions l’utilisent aussi toujours davantage. Par exemple, en ce moment, si un citoyen signale que son bac n’a pas été vidé, il est possible de consulter les données de la caméra installée en périphérie du camion pour voir ce qui s’est passé.
À terme, il sera aussi possible d’utiliser une caméra placée de façon à voir le contenu du bac lorsqu’il est vidé. « Ainsi, on pourrait détecter les matières non conformes, mais aussi, faire une caractérisation de la matière en continu, précise Sara-Emmanuelle Dubois. On tend vers ça. Le potentiel de la technologie, il est là. »
Ces avancées permettent de produire des ballots de matière de meilleure qualité, donc de plus grande valeur. « Si on compare la qualité des ballots qu’on faisait il y a cinq ans à Saint-Hubert et ceux qu’on fait maintenant, la différence est incroyable, affirme Richard Mimeau. Il y a de moins en moins de contamination, et c’est super important si on veut se servir de la matière pour faire de nouveaux produits de qualité. Les entreprises représentées par ÉEQ pourront en sortir gagnantes, mais aussi, toute la société parce que c’est comme ça qu’on entre vraiment dans l’économie circulaire. »
« Matrec, qui compte près de 1300 employés dans la province, est d’ailleurs très fière d’avoir acheté de l’équipement québécois. »



